Je poursuis depuis plusieurs semaines mes recherches avec comme objectif celui de révéler à Canadien l’archéologie du problème majeur qui l’accable au niveau de sa superstructure.

Cette semaine, je dois avouer que je pense être sur une excellente piste. Celle-ci m’est venue en lisant l’ouvrage La perte et l’héritage. Essai sur l’éducation par les grandes œuvres, du philosophe québécois Raphaël Arteau McNeil.

Commençons par poser un regard phénoménologique sur la stratégie déployée par Marc Bergevin pour concevoir chacune des éditions de son club depuis son arrivée avec Canadien. Je ne pense pas me tromper en disant qu’il donne l’impression de magasiner chez Maxi afin de s’acheter ce dont il a besoin, au prix le plus bas. Marc donne également souvent l’impression de faire ses emplettes le dimanche soir juste avant la fermeture; il ne reste donc habituellement plus grand-chose puisque les livraisons pour la semaine arrivent le lendemain.

Poursuivons l’analogie commerciale. Marc a l’air de vouloir se monter une équipe à la manière d’un meuble IKEA alors que, constat fâchant, il lui manque souvent trois-quatre-cinq morceaux importants. En plus du plan et de la clé Allen.

Bref, Marc conçoit ses équipes comme on pense l’éducation au Québec depuis les années 1960 : selon une approche de spécialisation plutôt que selon une approche de culture générale. Il s’achète donc les pièces qu’il juge manquantes, alors qu’il aurait aussi besoin de s’acheter un esprit d’équipe et quelque chose qui le dépasse, genre, de la transcendance.

Selon Raphaël Arteau McNeil, le philosophe dont je vous parlais d’entrée de jeu, la spécialisation, c’est la culture de l’étroitesse d’esprit. Bien sûr, l’étroitesse d’esprit, elle sert bien votre dentiste qui doit se concentrer sur l’arrachage de votre dent et non sur son rapport à la mort pendant qu’il vous «zigonne» dans la bouche. Même chose pour un sniper au hockey : on ne veut pas qu’il réfléchisse aux mécanismes de reproduction des inégalités sociales par le système d’éducation alors qu’il est sur la glace. Non. On veut qu’il soit un joueur unidimensionnel, tel que l’avait théorisé Herbert Marcuse en 1964. Bref, qu’il la sacre dedans sans égard à ses émotions pour l’adversaire.

En revanche, pour former un sens de la communauté et des individus socialisés capables de traverser une saison entière ensemble dans l’adversité, cela prend une formation morale leur permettant de s’élever, aurait dit Émile Durkheim. En ce sens, je propose à Marc Bergevin de dire à Claude Julien d’adopter un coaching tourné non pas vers la stricte transmission de connaissances – puck dumping, slashing subtil –, mais vers une éducation morale permettant aux joueurs de s’émanciper l’esprit – par exemple, en regardant des vieux matchs de Jean Béliveau.

Je soupçonne d’ailleurs le coach du Washington, après avoir constaté qu’Ovechkin n’avait plus rien à apprendre au chapitre de l’acquisition de connaissances en matière de jeu avec et sans la rondelle, de lui avoir transmis ce type d’éducation.

Voyez? Encore une fois, la philosophie peut aider Canadien.

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