Getty Images Marc Bergevin

Le repêchage 2018 de la Ligne nationale de hockey offrit à l’amateur de sport l’occasion de renouer enfin avec du vrai sport. C’est qu’il faut bien le dire, depuis le 14 juin, et ce, jusqu’au 15 juillet, la Coupe du monde de soccer monopolise toute la couverture médiatique d’importance consacrée au sport professionnel. Sérieux, pourquoi? Et comment se fait-il que les joueurs de soccer ont autant de difficulté à scorer dans des buts aussi grands? Est-ce comme la lutte, c’est-à-dire du divertissement arrangé? Anyway.

N’empêche qu’on l’a vu avec le repêchage de la LNH: lorsqu’il n’y a pas de hockey, la meilleure affaire, c’est évidemment d’en parler. Et même s’il est vrai que Saint-Augustin a déjà dit que «l’orateur pense et que la parole suit», la beauté, avec le monde du sport, c’est que c’est parfaitement le contraire: la parole de l’orateur précède sa pensée, ce qui laisse de la place à la créativité. En fait, le discours sur le hockey s’approche d’une œuvre d’art.

Deux exemples récents renforcent cette impression. D’abord, le 22 juin, Martin McGuire s’est peinturé dans le coin en affirmant sans preuve que l’association de Max Pacioretty avec Canadien était terminée et qu’il serait très probablement échangé à Los Angeles. Dans les deux cas, cela ne s’est pas produit, mais les propos de McGuire ont alimenté les discussions pendant toute la journée et, franchement, c’était passionnant à écouter, en plus de nous avoir tenu à distance de questionnements philosophiques sur notre triste sort de mortels.

Le lecteur plus critique me dira qu’en pleine soirée électorale qui ne lève pas, jamais Patrice Roy n’oserait affirmer – si cela n’est pas advenu et vérifié – que le chef d’un parti ne reviendra pas au sein de sa formation, pire, qu’il changera de camp sous peu. Jamais, car M. Roy est journaliste, clamera ce lecteur critique; en fait, peut-être même qu’il croit que Patrice Roy perdrait son emploi s’il disait une affaire pareille.

Mais quand on y pense, est-ce si grave de dire n’importe quoi en ondes? À mes yeux, McGuire fait plutôt partie des journalistes s’approchant le plus du statut de professionnels de la presse libre. Il est conscient du code de déontologie journalistique, mais il s’en sacre joyeusement, et c’est beau à voir.

François Gagnon fait aussi partie de sa tribu. Le lendemain, le 23 juin, il tweeta émotivement ceci: «Il semble que Max Pacioretty a été échangé aux Sharks de San Jose.» Cela n’arriva pas, évidemment. En revanche, il fit preuve d’une audace digne de Picasso peignant un visage abstrait et multipliant l’offre de points de vue sur la réalité.

Pour moi, McGuire et Gagnon sont de véritables artistes du journalisme. Ils manient la plume et la langue sans penser d’abord; de l’art automatiste qui se réclame de Paul-Émile Borduas et Jean-Paul Riopelle à l’époque de Refus global.

Vive le journalisme. Vive le journalisme libre!

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