The Associated Press Une vigile à Charlottesville, dimanche

À chaque attaque terroriste, on trouve des commentateurs, à droite comme à gauche, qui se précipitent pour dire que certaines personnes (i.e. leurs adversaires politiques) n’utilisent pas les bons mots pour décrire l’événement. Pour la droite, la gauche ne dirait pas assez, par exemple, qu’une attaque a été commise par des islamistes ou que l’islam pose problème. Pour la gauche, la droite ne parlerait pas assez du fait qu’il existe du racisme systémique ou de l’islamophobie au sein de notre société.

Or, il est temps de révéler un secret à toutes ces personnes qui gagnent leur vie en politisant la réalité de manière binaire : de telles paroles ne valent pas grand-chose. Vous savez pourquoi? Parce que les êtres humains mentent. Ils peuvent dire quelque chose et penser le contraire. Ils font ça tout le temps. Les politiciens excellent d’ailleurs dans ce domaine. C’est la définition même de l’expression «politiquement correct».

On attendait de Donald Trump qu’il dénonce le néonazisme? Mais quelle valeur a cette dénonciation de la part de quelqu’un qui est un menteur pathologique, qui a fait de la confusion un mode de gouvernance et qui est le premier responsable de cette remontée de l’extrême droite? Quel appui peut-on espérer de quelqu’un qui est l’incarnation de la faillite morale, de la superficialité et de l’arrogance?

À une époque de tweets et d’hypercommunication, les mots – et surtout les formules toutes faites – ne comptent pas vraiment. Seules les actions comptent. Et je ne parle pas ici des gestes que les politiciens devraient faire. Je parle des actions des simples citoyens pour combattre la culture de la division qui fait surface après des événements tragiques comme ceux qui se sont produits en fin de semaine à Charlottesville.

Très modestement, je me permets d’en proposer quelques-unes ci-dessous.

1) prendre une grande respiration : rien de bon ne sort quand on est dans l’émotion. L’émotion, c’est bien quand on tombe amoureux, quand on apprécie un coucher de soleil ou voir nager des dauphins, mais c’est absolument toxique pour commenter des problèmes de société.

2) tenter de comprendre: c’est la partie la plus difficile et la plus longue. Comprendre, c’est lire des livres écrits par des gens intelligents qui pensent à ces questions depuis des années. C’est écouter des podcasts, c’est s’informer à des sources diverses et variées. Comprendre, c’est aussi savoir fermer les chaînes d’information continue de temps à autre pour se donner le temps de réfléchir aux enjeux avant d’être de nouveau bombardé par l’absurdité de la souffrance humaine.

3) faire l’autoexamen de ses propres croyances. Ça aussi, c’est difficile. La peur de l’étranger, l’arrogance et la tentation de blâmer les autres et de se victimiser soi-même sont des tentations qui existent en chacun de nous.

4) s’impliquer: ça peut être aussi simple qu’aller faire du bénévolat auprès des aveugles, aller donner du sang, aller aider une tante à décaper son piano, faire de la bouffe pour un ami malade, etc.

5) parler aux jeunes et les orienter vers des solutions qui unissent au lieu de diviser. Il y a un âge critique, quelque part entre 15 et 25 ans, où les jeunes sont politiquement et philosophiquement à la recherche de quelque chose. C’est souvent à ce moment qu’ils se font endoctriner. Si vous en côtoyez, de grâce, parlez-leur, écoutez leurs frustrations, soyez pour eux des modèles d’adultes corrects, conseillez-leur de bons livres, etc.

Oui, les mots sont importants. Mais il doit s’agir de mots qui expliquent les choses patiemment, qui contextualisent et convainquent. Pas des déclarations d’allégeance à un clan faites à l’emporte-pièce pour montrer qu’on est du bon côté d’une démarcation gauche-droite qui tient davantage du tribalisme politique que de l’analyse rationnelle.

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