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La conférence annuelle des Nations unies sur les changements climatiques (COP23) a pris fin vendredi passé à Bonn, en Allemagne. J’y étais avec deux collègues d’Équiterre… et 25 000 autres personnes. Et 30 chefs d’États. Et une bonne centaine de ministres provenant des 196 pays signataires de l’Accord de Paris (en fait, tous les pays de la planète incluant les États-Unis, qui sont encore liés après cet accord pour 4 ans).

La gestion des attentes
Quand autant de gens se réunissent, les attentes sont élevées. Aussi, depuis deux jours, journalistes, chroniqueurs et éditorialistes ont tous déploré le peu de progrès sur le climat. Or, le progrès, bien que lent, a lieu.

Premièrement, les objectifs de négociations de cette COP23, même si très techniques, ont été atteints (on négocie actuellement les règles de mise en œuvre de l’Accord de Paris, qui n’entrera en vigueur qu’en 2020).

Négocier avec ma conjointe nos vacances d’été prend souvent plusieurs semaines voire plusieurs mois. Imaginez des négociations sur le climat! Entre 196 pays. Qui ne parlent pas la même langue. Qui ont des histoires parfois conflictuelles. Qui ne partagent pas les mêmes croyances religieuses. Qui produisent des énergies fossiles ou qui sont des territoires insulaires menacés par la montée du niveau des océans. Qui sont extrêmement pauvres ou tellement riches que leur pire problème est l’obésité…

Le simple fait que ces négociations se poursuivent, année après année, est un exploit. L’Accord de Paris en 2015 fut rien de moins qu’un miracle de la diplomatie.

Deuxièmement, à l’exception de Mike de Soussa, du National Observer, les journalistes des grands médias canadiens n’étaient pas présents. Ils n’ont donc pas vu ce que j’ai vu: des investisseurs, des entreprises, des municipalités, des chercheurs et des organisations écologistes qui ont tous, pour des motifs parfois différents, un l’objectif commun de réduire les gaz à effet de serre. Pendant que nos gouvernements nationaux négociaient, ces nombreux acteurs s’activaient dans les coulisses pour trouver des solutions.

La COP: bien plus que des séances de négociations
Depuis 2015, les COPs sont devenues bien plus que des séances de négociations (qui ne peuvent pas aboutir à de nouveaux traités CHAQUE année). Des coalitions de groupes écolos se forment pour contrer le développement pétrolier. Des avocats se rencontrent pour comparer leurs stratégies en vue de poursuivre en justice les pollueurs. Les syndicats et autres défenseurs des droits humains poussent pour que la transition énergétique se fasse au profit – plutôt que sur le dos – des communautés les plus vulnérables. Les chercheurs partagent leurs plus récents résultats avec des décideurs publics et des entreprises. Et les investisseurs rencontrent ces dernières à la recherche du prochain Tesla.

Ces réunions parallèles sont d’ailleurs tellement fructueuses qu’elles attirent des milliers d’entreprises. Le gouvernement du Québec y organise même une mission commerciale. Alors qu’il n’y a pas si longtemps, mon collègue Steven Guilbeault était souvent le seul québécois de la société civile présent, en 2017, les gens d’affaires sont plus nombreux que les écolos à se présenter aux COPs.

La meilleure nouvelle de la COP23 n’est le fruit ni des Nations unies, ni de la Chine, ni des États-Unis. En effet, c’est plutôt Tesla qui a choisi d’annoncer son nouveau camion semi-remorque 100% électrique. Son président, Elon Musk, n’était pas à Bonn pour faire l’annonce, mais je vous garanti que sans les Accords de Kyoto, de Copenhague et de Paris et les négociations sur le climat, qui durent depuis 23 ans, Elon Musk n’aurait jamais décidé de fonder Tesla.

La COP est devenue au milieu écologique ce que C2 Montréal est au milieu des affaires montréalais. C’est un lieu de rencontres. Un lieu de décisions. Et un lieu où, de plus en plus, naissent des ententes et des projets.

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