Les anglophones ont une expression plutôt crue mais qui a le mérite d’être clair: Put your money where your mouth is. Le gouvernement de Pauline Marois a beaucoup parlé d’environnement pendant et, surtout, depuis la campagne électorale. Or, à la veille de l’énoncé budgétaire de l’automne, il serait donc normal de s’attendre à des investissements concrets qui vont appuyer les ambitions vertes des souverainistes.

L’engagement le plus significatif du Parti québécois pendant la campagne électorale a été sa promesse de réduire de 30 % la consommation de pétrole des québécois d’ici 2020. C’est un objectif très ambitieux, qu’Équiterre et plusieurs autres groupes ont salué. Or, d’autres gouvernements ont déjà eu des objectifs environnementaux ambitieux sans pour autant livrer la marchandise. Les libéraux fédéraux et québécois se sont dotés d’objectifs importants de réduction des gaz à effet de serre. Le problème est survenu lorsque cet objectif a été confronté au développement d’un secteur névralgique comme les ressources naturelles ou la construction de routes. La rengaine va comme suit : on se peinture en vert pour annoncer 200 M$ pour l’environnement (et on nous demande d’applaudir) et le lendemain, on annonce tout bonnement 3 G$ pour que le complexe Turcot accueille plus de chars…

Évidemment, Mme Marois a envoyé de bons signaux jusqu’à présent. La nomination de députés plutôt jeunes et plutôt écologistes aux postes névralgiques des Ressources naturelles, des Transports et des Finances, augure bien. Celle de Daniel Breton au poste de ministre de l’Environnement surprend moins (on avait déjà vu un écologiste à ce poste), mais va aussi dans le bon sens.

Par ailleurs, les décisions importantes prises en début de mandat sont un autre signe encourageant : fermeture de la centrale nucléaire de Gentilly-2, annulation du prêt à la mine d’amiante Jeffrey et moratoire sur les gaz de schiste. Il faut par contre remettre ces décisions dans leur contexte. Il n’y avait plus beaucoup de monde pour défendre la réfection de Gentilly-2 : Hydro-Québec était d’ailleurs convaincu depuis longtemps qu’il fallait la fermer. La fermeture de la centrale nucléaire fut davantage une décision économique qu’environnementale.Même chose pour la mine Jeffrey. Quand 50 pays ont déjà banni le produit et que même le gouvernement Harper annonce qu’il ne va plus défendre l’amiante chrysotile, le PQ aurait perdu son éclat progressiste en défendant ce projet rétrograde. Enfin, il existait déjà un moratoire, dans les faits, sur les gaz de schiste aux Québec. La nouvelle ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellette, a simplement dit tout haut ce que tous savaient déjà. Aucune décision du conseil des ministres n’est toutefois venue changer l’état de fait.

Le vrai test du gouvernement minoritaire de Mme Marois sera le prochain budget. Puisqu’il est question que le ministre des Finances, Nicolas Marceau, dépose un budget plutôt qu’un énoncé budgétaire dès cet automne, ce test pourrait venir plus tôt que tard.

Les demandes des groupes écologistes à cet égard sont multiples. Premièrement, il faut augmenter (et non abolir, comme le voudraient certains) la redevance sur le carbone. Cette taxe qui rapporte 200 M$ par année devait être remplacée par le marché du carbone. Toutefois, puisque le PQ a des objectifs plus ambitieux que les libéraux concernant la réduction de la consommation de pétrole, il est difficile de comprendre comment il pourrait y arriver en abolissant cette taxe.

Deuxièmement, les investissements pour le transport en commun doivent augmenter rapidement. Selon les experts, il faudra investir au moins 2 G$ par année de plus pendant les 10 prochaines années. Nous sommes très loin de ce chiffre. Les sommes devront venir d’une réduction dans les dépenses routières ainsi que de nouvelles sources de revenus comme le péage urbain et les taxes régionales sur l’essence.

Bien que le PQ a promis un grand débat sur l’énergie, certaines décisions ne pourraient pas attendre un an ou deux. On devrait par exemple annoncer qu’Hydro-Québec et le gouvernement vont maintenir et augmenter la cadence d’investissements en efficacité énergétique et sur l’électrification des transports. Sans une direction claire et dans un contexte de surplus énergétique, Hydro-Québec sera plutôt tenté de couper dans ces secteurs pour dégager des profits à court terme, ce qui ne ferait que pelleter par avant nos problèmes économiques et environnementaux.

Enfin, le gouvernement doit consolider le financement des groupes environnementaux et de leurs nombreux projets. Si le Québec veut se positionner comme un leader mondial en la matière, il doit mieux soutenir ce secteur. Un seul exemple : cela aura pris 10 ans aux groupes pour financer et réaliser la Maison du développement durable. À ce rythme, on ne développera pas beaucoup de projets innovants!

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