Chantal Lévesque/Métro Marie Hélène Poitras et Léa Clermont-Dion

Samedi, quelques semaines après la publication du texte «Il n’y a pas d’épidémie de viols dans nos universités» de Claudine Guiet, on apprend qu’une vague d’agressions sexuelles a eu lieu, dans le pavillon Alphonse-Marie-Parent de l’Université Laval. Depuis la nuit de vendredi à samedi, 10 plaintes ont été déposées au Service de police de la Ville de Québec. Il aura fallu plus de 48 heures à l’administration de l’université pour réagir publiquement.

La très froide réaction de l’administration me surprend malheureusement peu. Le manque d’empathie, décrié par un des enseignants de l’institution, est une réaction à laquelle les victimes d’agression sexuelle font habituellement face. Dimanche, c’est d’ailleurs ce que les étudiantes Ariane Litalien et Mélanie Lemay dénonçaient à Tout le monde en parle: la culture du viol. Concept encore trop abstrait pour plusieurs, la culture du viol est pourtant bien ancrée dans notre société. Le blâme qu’on jette sur les survivantes de tels abus, la remise en question du crime et la quête par tous les moyens d’excuser les gestes de l’agresseur sont des exemples concrets de ce qui gangrène les processus de dénonciation. Aussi traumatisée et brisée soit-elle, on demande quand même à la victime ce qu’elle portait ou si elle était en état d’ébriété lors des événements.

Ce déni constant de la violence faite aux femmes commence à particulièrement m’horripiler. Celles qui ont le courage de dénoncer les micro-agressions en milieu de travail, le harcèlement de rue ou un viol se heurtent aussitôt à des remarques visant à dédramatiser toute forme de violence envers elles. La semaine passée avait lieu le lancement du livre Les superbes, un recueil de témoignages sur ce succès féminin qui «dérange». Selon Léa Clermont-Dion, coauteure du livre, le potentiel sexuel d’une femme est trop souvent mêlé à l’équation, quand on tente d’expliquer le succès de celle-ci. Chez certains, la réussite d’une femme provoque encore un malaise, voire une haine viscérale. Évidemment, l’ouvrage a reçu son lot de critiques. Nombreux étaient ceux qui affirmaient haut et fort que les femmes devaient «en revenir» et que «tout le monde rencontre des difficultés» lorsqu’on devient une personne influente. Ironiquement, sur Twitter, on pouvait lire ceci, en réponse aux Superbes: «Wow malade! De l’au-delà, Marc Lépine a mis à jour sa fameuse liste #lol». Troll ou pas, rien ne justifie la violence de tels propos.

Encore aujourd’hui, certains balaieront mes propos du revers de la main en disant que les débats entourant le féminisme sont superflus. C’est correct. Je suis habituée. Par contre, je tente encore de comprendre pourquoi on associe constamment «féminisme» et «misandrie». J’essaie aussi de comprendre en quoi dénoncer la violence commise envers nous relève supposément du manque d’attention et est perçu comme un geste radical. On ne le dira jamais assez: «féminisme» est encore un terme à connotation péjorative. D’ailleurs, ça me rappelle qu’une partie de notre Conseil des ministres a répudié le mouvement, en refusant de s’y identifier, il y a quelques mois.

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