L’été montréalais arrive en troisième position de mon top 5 des choses les plus désagréables. J’aime beaucoup l’automne. En plus de ne plus avoir à maudire la chaleur, c’est la saison des corvées familiales de boucherie de viande d’orignal, des fricassées de maman et du retour des draps santés. Quand les gens s’exclament que c’est enfin l’automne, je leur demande : «Lequel?» Ma question sème habituellement la confusion chez mes ami-es allochtones, probablement chez vous aussi. Voyez, chez les Cris, nous avons six saisons: un hiver, deux printemps, un été et deux automnes. Présentement, nous sommes en plein tikwachin, car le deuxième automne commence seulement lorsque les feuilles tombent. On ne s’impose pas un calendrier; la nature nous l’impose.

Chez nous, on n’est pas pressé. On suit les saisons, la notion du temps est différente. Vivre à Montréal me fait capoter un beau beaucoup fort, parfois. Se faufiler entre les gens à Berri-UQAM le matin est devenu un sport extrême, les autos klaxonnent frénétiquement et je fais de l’anxiété comme j’en ai rarement fait. Lorsque Mont­réal devient trop lourd, je rentre à la maison. Là-bas, le quotidien n’est pas une course contre la montre et j’ai l’impression que mon souffle n’est pas saccadé. Dans ma langue, le mot pour «horloge» est piisimkaan. Si on le traduit, ça veut simplement dire «faux temps». Une belle critique du très occidental métro-boulot-dodo.

Mon peuple s’est également doté de congés pour les périodes de chasse. Les principes fondateurs de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois visent à nous permettre de pratiquer notre culture et notre mode de vie malgré l’exploitation du territoire. Ainsi, des congés payés sont prévus pour la chasse à l’orignal et à l’outarde, même pour les enfants de l’école primaire et du secondaire. Sachant que les activités culturelles et traditionnelles contribuent fortement au bien-être de nos membres, c’est bien la moindre des choses.

Cet été, Aurélie Lanctôt publiait un texte chez Urbania intitulé «Je ne sais pas quand je vais vivre». Elle écrit: «Je ne sais pas non plus quand je vais vivre. Mais je crois que la vie se trouve en dehors des rapports professionnels et salariaux. Elle est faite de ces gestes qu’on pose pour eux-mêmes, lorsqu’on refuse de monnayer les liens qui nous unissent aux autres et à l’environnement. La vie est faite de ces choses qui font naître la beauté, le calme, la pensée, l’imagination; ces choses impondérables que les rapports marchands ne peuvent pas saisir, et que la colonisation sans fin de notre temps par le travail annihile.» À voir combien de fois le texte a été partagé, nous ne sommes visiblement pas seules à être épuisées. Je me demande aussi quand je vais pouvoir retourner là où les gens se connaissent, se saluent et s’aident. En attendant, je me rangerai du côté de ceux qui revendiquent de meilleurs salaires et des conditions de travail décentes pour les Québécois-es.

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