Le 23 novembre dernier, je posais ma candidature pour un contrat dans une communauté non loin de la mienne. J’étais pleine d’espoir et atteinte d’un sérieux mal du pays. Une semaine plus tard, j’apprenais que j’avais obtenu le poste. Je me suis alors effondrée sur mon lit en pleurant, soulagée et heureuse, des sentiments qui furent rare en 2017. Le 9 décembre, je pliais bagage et je prenais la route pour Oujé-Bougoumou.

Si vous ne savez pas où se situe Oujé-Bougoumou, je ne vous en tiendrai pas rigueur. Quand ça arrive, j’utilise Chibougamau comme référence, et les gens comprennent habituellement que c’est loin des grands centres. Cette communauté compte un peu plus de 700 habitants et se trouve à seulement 40 minutes de Chibougamau en voiture. C’est tranquille, ça fait du bien.

Plusieurs raisons ont motivé mon départ. Outre un contrat absolument stimulant, Montréal était en train m’engloutir. Le béton, les foules, la cacophonie intarissable et toute l’anxiété que ces choses génèrent rendaient difficile la simple action de quitter mon appartement. Lorsque j’y suis trop longtemps, Montréal me rend malade spirituellement, mentalement et physiquement. Je ne suis pas ici depuis longtemps et, pourtant, je me sens plus vivante. À un certain moment, en 2017, j’ai croulé sous la pression et sous le stress. Certains traumatismes ont eu raison de moi. Je me suis heurtée au jugement et à l’incompréhension des gens. Ç’a fait mal et j’ai vraiment eu l’impression de n’être qu’une bonne à rien. La seule chose qui m’a permis de garder la tête hors de l’eau, c’est de savoir que mon territoire est toujours là lorsque je suis à mon plus bas.

Je réfléchis beaucoup depuis mon arrivée. J’essaie de faire la paix avec moi-même. Je me pardonne de m’être pété la gueule et de ne pas avoir répondu aux attentes complètement démesurées de certains. Je me pardonne de prendre mon temps pour guérir d’un événement de juillet 2016 parce que, non, des fois, un an et demi, ce n’est pas assez long pour s’en remettre. Je me pardonne mes excès de colère dans mon militantisme – ma colère est légitime et ne vient pas de nulle part –, mais avec l’intention de transformer cette colère en quelque chose de positif. Être ici me permet de renforcer mon estime de moi et de grandir à l’aide de tout le savoir que les miens ont à partager avec moi. À voir mon fil d’actualité Facebook, je vois bien que 2017 a été une année pénible pour beaucoup d’entre nous. Pour 2018, je vous souhaite de surmonter le sentiment de honte qui vous frappe lorsque vous faites une pause au lieu de vous épuiser à vous plier aux nombreux standards de réussite personnelle, professionnelle ou scolaire qui nous sont imposés. J’espère que, comme moi, vous avez un endroit où vous vous sentez à la maison. J’espère également que c’est aussi beau qu’ici.

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