Traditionnellement, dans plusieurs nations autochtones, les relations socio-politiques étaient organisées en système de clans. Vous avez peut-être déjà entendu parler du clan du loup (je ne parle surtout pas ici de la Meute), de la tortue, de l’aigle, etc. Ces systèmes souvent matrilinéaires déterminaient qui faisait quoi dans la communauté. Chaque clan vient avec ses valeurs, ses traits de personnalité et ses responsabilités. Encore aujourd’hui, plusieurs communautés protègent ce système. Il est d’ailleurs comique d’essayer de demander à quelqu’un à quel clan il ou elle appartient sans avoir l’air de flirter, puisqu’on évite d’avoir un partenaire du même clan que soi. Les clans sont nombreux. Parmi eux, le clan de l’ours. Ils sont nos guérisseurs, nos protecteurs, et c’est vers eux qu’on se tourne pour résoudre un conflit dans le calme et le respect. J’ai moi-même la chance de compter dans mon entourage proche des membres du clan de l’ours. Ils sont capables de panser mes blessures les plus profondes.

Certains prennent réellement leurs responsabilités à cœur. Si vous êtes passé par Winnipeg, vous avez peut-être pu apercevoir des affiches du Bear Clan Patrol. C’est le meurtre de Tina Fontaine en 2014 qui a poussé les 12 membres fondateurs à se réunir, afin de créer cet organisme. Le but? Rendre les rues de Winnipeg plus sécuritaires pour l’immense communauté autochtone de la ville. Une initiative semblable avait vu le jour dans les années 1990, mais avait été abandonnée avec le temps. Considérant tous les problèmes socio-économiques auxquels nous faisons face, le mandat du Bear Clan Patrol ne cesse de s’élargir. Leurs quelque 900 bénévoles patrouillent aujourd’hui les rues de 12 villes au pays, afin d’offrir des services de raccompagnement, d’agir en tant que médiateurs avec les autorités, de protéger les itinérants, etc. Toutes leurs actions se font dans le but de promouvoir et d’apporter un peu de sécurité à notre communauté qui est malheureusement plus familière avec plusieurs formes de violence. Naturellement, comme dans nos communautés, ceux-ci se font un devoir de montrer l’exemple aux plus jeunes. Ils organisent donc de fausses patrouilles, afin de former de futurs bénévoles.

Le Bear Clan Patrol est un magnifique exemple de la façon dont nos structures socio-politiques sont encore applicables en 2018. Nos systèmes de clans nous aident parfois à donner un sens à nos vies et démontrent à quel point chaque individu est important dans le bon fonctionnement de nos communautés. Considérant que les femmes autochtones sont plus à risque d’être violées ou assassinées au Canada et que le nombre d’itinérants autochtones dans les grandes villes est anormalement élevé, je suis au moins rassurée de savoir que nos héros locaux du Bear Clan Patrol ne sont jamais très loin.

@MaiteeSaganash

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