Archives Getty Images Barack Obama et Justin Trudeau

Deux des chefs d’État les plus charismatiques que l’Occident ait connus ces dernières décennies se sont brièvement partagé le feu des projecteurs cette année. C’est presque comme si l’un passait le flambeau à l’autre: le départ d’Obama coïncide avec l’arrivée de Trudeau; et l’Occident «libéral» peut transférer son excitation à l’égard de l’un, sur l’autre. Cet Occident qui se cherche un nouveau héros, alors que s’annonce une successeure au style pas mal moins engageant et que la fin de mandat d’Obama produit des bilans en demi-teinte de ses huit années au pouvoir.

En effet, le président des États-Unis aura souvent été réduit à l’immobilisme par l’obstruction républicaine. Mais il a aussi échoué sur bien des fronts en raison de son propre manque d’aplomb ou de volonté pour mener les réformes promises à bien. On soupçonne que c’est sa dette à des intérêts privés qui lui a lié les mains dans plusieurs dossiers, notamment la réforme de Wall Street.

Mais huit années conservatrices nous avaient collectivement conditionnés à associer des politiques rétrogrades au style rustre de Bush. On a donc cru que le charme cool et la verve humaniste du nouveau venu produiraient nécessairement des politiques radicalement différentes. Quand les échecs se sont multipliés, peu de voix démocrates ont été disposées à critiquer Obama, du moins jusqu’à récemment. On s’est accroché au rêve. Leçon : 
ne pas juger un politicien à son swag. Ou manque de.

Tout comme avec Obama, les Canadiens se sont réjouis  de l’arrivée de Trudeau après le règne de Harper.

Quand il s’adresse aux Canadiens, Trudeau parle à cette partie d’eux qui se perçoit comme étant vertueuse, comme ayant une conscience supérieure du bien. En paroles comme en gestes, il répond aux aspirations les plus nobles qui habitent les Canadiens. Mais un discours n’est pas une politique, et des déclarations progressistes ne mènent pas nécessairement à des décisions progressistes. C’est précisément lorsque des gouvernements prétendent être éclairés qu’il faut être vraiment attentif à leurs véritables décisions.

En multipliant les images d’un leader volontaire, les libéraux produisent une sorte de rhétorique visuelle très payante en cette ère du tout-spectacle. Et la rigueur critique peut s’avérer soluble dans le jovialisme médiatique. Bien entendu, la politique, c’est du théâtre, depuis bien avant Instagram. Et c’est normal que les élus représentent par leur image des idéaux et des valeurs. Ils peuvent, avec leurs déclarations, envoyer des signaux moraux forts. Mais un discours chaleureux peut aussi être un écran de fumée.

Un journaliste du Guardian a dit de Trudeau qu’il est un «leader pour le XXIe siècle». Qu’est-ce que cela veut dire «être de son époque»? Il me semble que cela signifie avoir la force de conviction et l’intelligence stratégique pour s’attaquer férocement aux maux qui plombent notre société, dont les conséquences désastreuses sont largement reconnues, mais qui pourtant ne font pas l’objet de politiques fortes. S’attaquer de façon décisive aux changements climatiques et aux inégalités sociales, être courageux face aux résistances qui se manifesteront invariablement. S’assurer que les bottines suivent les babines.

La deuxième partie de cette chronique paraîtra lundi prochain.

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