«Le déséquilibre entre les pauvres et les riches est la plus ancienne et la plus fatale maladie des républiques», écrivait Plutarque, un historien grec du Ier siècle après J.-C. «Les impôts sont le prix à payer pour la civilisation», écrivait en 1927 le célèbre juriste américain Oliver Wendell Holmes Jr.

Près de 2000 années séparent ces deux hommes, et pourtant ils affirment la même chose: l’inégalité est contraire à la société. Les êtres humains ne peuvent pas vivre ensemble en harmonie lorsque certains sont très pauvres et d’autres très riches.

Pourquoi? Parce qu’une société n’est pas une collection d’individus séparés qui vaquent à leurs occupations sans rapport les uns avec les autres. Une société est un réseau de relations. Comment pouvons-nous avoir des relations harmonieuses lorsqu’une partie d’entre nous vit dans des conditions drastiquement différentes d’une autre partie?

Et nous le savons intuitivement. Un sondage Léger-Institut du Nouveau Monde a posé cette ques­tion à 1000 Québécois; 70% des répondants se disent favorables à ce que la réduction des inégalités de revenus au Québec soit une priorité pour le gouvernement du Québec.

D’ailleurs, le Québec a résisté mieux que d’autres sociétés à la tendance à l’accroissement des inégalités, grâce à des programmes sociaux universels. Pendant que d’autres coupaient, nous avons ajouté l’équité salariale, les congés parentaux et les garderies universelles à notre édifice de solidarité institutionnalisée. Cette approche tient compte de l’idée que nous sommes «ensemble» dans une société. Que vous soyez riche ou pauvre, vous êtes accueilli de la même façon par le médecin, par le professeur, par l’éducateur. Dans vos moments de vulnérabilité, on ne vous laisse pas tomber. On est avec vous.

Certains n’y croient plus. J’entends souvent les gens dire, avec dépit: «On ne peut plus se payer ces luxes.» Au Québec comme partout en Occident, le discours dominant va comme suit: nous n’avons plus la capacité de payer pour tous ces programmes.

Sommes-nous, collectivement, plus pauvres qu’il y a 40 ans? Non. La richesse totale n’a cessé de croître. Le PIB réel par habitant du Québec a augmenté de 48% entre 1981 et 2013. Quel est le problème alors?

C’est que cette richesse croissante ne se rend plus comme avant dans les coffres de l’État. Lorsque vous gagnez beaucoup, beaucoup d’argent, que ce soit par votre travail ou parce que vous avez des placements lucratifs à la Bourse, vous cotisez aujourd’hui une bien moins grande part de vos revenus au «pot» commun.

Cette transformation des règles fiscales n’est pas apparue soudainement. Elle reflète l’évolution des valeurs sociales et de l’idée qu’on se fait du mérite. Je vous en parle la semaine prochaine.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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