Darryl Dyck/La Presse canadienne Jagmeet Singh

L’honorable Jagmeet Singh, député au parlement ontarien, est un des quatre candidats à la chefferie du Nouveau parti démocratique, le NPD. D’après les analystes il a de bonnes chances de succéder à Thomas Mulcair à la tête d’un des trois grands partis politiques du Canada. M. Singh est un sikh croyant et pratiquant. Il est facilement reconnaissable à son emblématique turban et bien sûr à sa longue et magnifique barbe qui ferait pâlir de jalousie les hipsters les plus passionnés du Mile End de Montréal et du South Main de Vancouver.

Mercredi dernier, au cours d’un de ses rassemblements de campagne à Brompton, en Ontario, une femme interrompt abruptement le discours de M. Singh. On la voit dans une vidéo de l’événement en train de gesticuler devant lui, hurlant, quasihystérique, débitant des «charia» par-ci, par-là… On comprend dans ses élucubrations qu’elle demande au candidat jusqu’à quand il va «continuer à soutenir la charia».

Oui, vous avez bien lu. La dame demandait à M. Singh de ne plus supporter la charia. Ouvrons le dictionnaire : la charia est un système de lois basé sur une lecture littérale du Coran, livre saint de l’islam. Jagmeet Singh est un politicien, député au Parlement ontarien, et il est sikh. Il n’est pas musulman, il ne croit pas au Coran, il n’a aucun rapport avec ladite charia. La scène est pratiquement surréaliste.

Jagmeet Singh, candidat sikh à la chefferie du NPD, a fait face à une femme qui le prenait pour un islamiste, défenseur de la charia. Devant les manifestations de racisme de celle-ci, la réaction du politicien a été extraordinaire. Ou comment affronter la haine avec courage et amour.

Cette femme était tellement aveuglée par la haine qu’elle ne voyait même pas la différence entre sikhisme et islam. Elle était tellement intoxiquée par des préconceptions racistes que, pour elle, tout ce qui a la peau un peu basanée, porte une barbe, et pire, un turban, est de facto un défenseur de la charia, un terroriste en puissance qui veut épouser quatre femmes et tuer tous les infidèles…

La réaction de M. Singh été excellente. Il a fait montre d’un sang-froid exceptionnel. Il a répondu calmement, répétant qu’on doit réagir à la haine avec amour et courage. «Nous vous souhaitons la bienvenue, nous vous aimons», lui a-t-il rétorqué. Quel beau message.

Après coup, on lui a demandé pourquoi il ne lui avait pas dit qu’il n’était pas musulman. Sa réponse a été admirable: «Je n’ai pas répondu parce que ça aurait suggéré que sa haine aurait été acceptée si j’avais été musulman […] Ma réponse à l’islamophobie n’a jamais été de dire que je ne suis pas musulman, elle a toujours été et sera toujours : la haine c’est le mal.»

La vidéo est vite devenue virale au Canada, et même aux États-Unis, reprise et commentée par plusieurs médias. On titrait : «Voici comment répondre à la haine par l’amour». Un coup de pub inespéré pour la campagne de M. Singh, ce qui au final donne un aspect très ironique à cette affaire.

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