La semaine dernière, plusieurs chroniqueurs bien connus du Journal de Montréal se sont levés comme d’une seule voix pour dénoncer, encore une fois, un concept fumeux qu’ils appellent «racisme inversé» ou «anti-hommes blancs». Les hommes blancs hétéros seraient donc «muselés» par la rectitude politique du multiculturalisme et de l’antiracisme, par les féministes castratrices et par les gauchistes du Plateau et du Mile End! Les malheureux. Ils ne peuvent plus s’exprimer librement. Ils sont attaqués sur tous les flancs, ostracisés, marginalisés et mis à l’écart des sphères de débat de l’opinion publique. L’homme blanc hétéro serait donc devenu le nouveau souffre-douleur des temps postmodernes.

À lire tous ces pamphlets militants, j’ai commencé à douter, un peu… Sommes-nous allés trop loin à vouloir collectivement défendre et promouvoir les valeurs de liberté, d’égalité, d’équité, de parité, de solidarité et de justice? Avons-nous, en tant que société, créé une nouvelle catégorie de personnes discriminées? À force de le bousculer, avons-nous transformé le bourreau en victime?

Puis, comme chaque fois que j’ai des doutes, mon réflexe consiste à prendre le temps de faire quelques recherches pour vérifier les hypothèses, de consulter les faits, de lire et de m’informer avant d’arriver à une conclusion. Il ne m’a pas été très difficile, dans ce cas-ci, de conclure que non, l’homme blanc hétéro n’est pas discriminé, il n’est certainement pas muselé, et sa liberté d’expression est très loin d’être en danger.

Prenez Le Journal de Montréal, où toutes ces chroniques ont été publiées. Il y a 28 chroniqueurs en tout. Vingt sont des hommes blancs, huit des femmes, dont seulement une est issue des minorités culturelles et visibles. 72% d’hommes blancs. 28% de femmes. 3,5% de minorités. À La Presse, sur 16 chroniqueurs, 10 sont des hommes blancs, soit 62,5%. Au Devoir, à peu près 75% des chroniqueurs font partie de la gent masculine… À Métro, plus de 50 % des chroniqueurs sont des hommes blancs. On pourrait faire cet exercice sur n’importe quel média au Québec, au Canada et dans beaucoup de pays occidentaux. Que ce soit dans la presse écrite, à la radio ou à la télévision, on obtiendrait des statistiques similaires. L’homme blanc hétéro détient le pouvoir médiatique. Il n’est pas seulement libre de participer au débat, il le façonne à son image.

On retrouve cette même primauté de l’homme blanc hétéro dans toutes les sphères du pouvoir: domaine économique, monde des affaires et vie politique, y compris dans nos parlements et dans nos gouvernements. Ces privilèges ne sont pas une vue de l’esprit. C’est une réalité factuelle.

Ce qui est demandé, ce n’est pas l’abolition de ces privilèges, seulement que l’homme blanc acquiesce à les partager afin que tous y aient accès, de manière juste et équitable, peu importe le sexe, l’orientation sexuelle, la couleur, la croyance ou l’origine ethnique. Et si, pour atteindre cet objectif, il faut bousculer un peu l’homme blanc hétéro et le pousser au changement, soit. Ça n’en fait pas du tout une victime. Loin de là.

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