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Depuis plusieurs années, l’idée que le développement économique dans les pays en développement pourrait enrayer les flux migratoires vers les pays développés, notamment vers les pays d’Europe, a fait son chemin au point d’être au centre des accords de collaboration entre l’Union Européenne et certains pays d’émigration et de transit. On pense par exemple à la Libye, au Sénégal, au Maroc et à la Turquie, pays auxquels l’Union Européenne a consenti des sommes considérables pour limiter l’émigration en proposant entre autres des programmes de co-développement.

En théorie, le co-développement s’inscrit dans une perspective de collaboration entre les pays du Nord et ceux du Sud en vue de favoriser des projets de développement dans les pays d’émigration, entre autres en finançant des projets d’insertion économique pour les migrants de retour, en contrepartie de quoi ces pays doivent mettre en place des mesures pour empêcher l’émigration.

À la base, l’idée est certainement louable car c’est bien la violence, la pauvreté et le manque de possibilités économiques qui sont à la base de nombreuses migrations. Dans les faits, elle est basée sur une fausse prémisse.

En effet, de nombreux travaux scientifiques disent au contraire que le développement augmente le potentiel migratoire. Un des effets du développement passe par l’éducation qui augmente les qualifications (capital humain) lesquelles deviennent davantage «monnayables» sur le marché de travail mondial. Bref, loin de l’enrayer, le développement augmente la migration.

Comment alors résoudre cette énigme? La réponse est d’abord et avant tout politique. On frise ici une certaine forme d’hypocrisie car en fait les programmes de co-développement visent surtout à encourager les pays d’émigration à limiter les départs grâce à des ententes financières parfois fort lucratives pour les états en question.

J’ajouterais une petite critique aux travaux dont j’ai parlé plus haut. La plupart du temps, ces travaux ne font pas de distinctions entre différentes formes de migrations. Or, le développement réel – défini ici comme résultant de la croissance et de la redistribution de la richesse, de l’augmentation de l’éducation et de la création d’emplois payants, tout ceci dans un contexte non violent et respectueux des droits de la personne – pourrait favoriser la fraction la plus vulnérable de la population et ainsi réduire les migrations de fuite.

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