Jacques Boissinot/La Presse canadienne Gerry Sklavounos.

À la suite du passage du Pharmachien à Tout le monde en parle, des voix se sont élevées pour dénoncer une certaine arrogance de la part de celui qui démystifie avec rigueur et humour des enjeux liés à la santé sur son blogue et à son émission de la chaîne Explora. S’en est suivi un fascinant débat épistémologique sur le site de Ricochet.

En résumé, on a reproché au Pharmachien la solidité de ses certitudes, compte tenu du caractère faillible de la science, en dépit du fait qu’il s’agit d’un des meilleurs moyens d’atteindre la connaissance. Autrement dit, c’est pas parce qu’aucune grande entreprise pharmaceutique n’a démontré qu’une plante qui n’est pas commercialisable a un effet quelconque qu’elle n’en a pas.

Ces débats appelant à l’humilité sont sains. Ils nous forcent à reconnaître, d’un côté comme de l’autre, que nous ne savons pas tout, et que bien peu de choses méritent d’être érigées en certitudes. S’il y a un domaine qui pourrait bénéficier de cette modestie, c’est peut-être la justice. On rétorquera qu’au contraire, la justice s’appuie sur des filets comme la présomption d’innocence et le doute raisonnable. La justice parvient à une certaine humilité lorsqu’elle admet qu’elle ne peut faire la lumière sur une affaire. Comme lorsque la procureure attitrée au dossier des femmes autochtones de Val-d’Or a affirmé que «le fait qu’aucune accusation n’a été portée ne signifie pas que les gestes reprochés n’ont pas été commis».

On comprend alors qu’il manque de preuves pour faire accuser qui que ce soit. C’est frustrant, mais cela correspond, pour l’instant, à la limite de nos capacités. On peut plus difficilement s’expliquer la certitude avec laquelle le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) en est arrivé à la conclusion qu’«aucun acte criminel n’a été commis» par Gerry Sklavounos à l’endroit de la plaignante Alice Paquet.

On ne connaît pas les éléments de l’enquête qui ont mené le DPCP à cette conclusion, mais on sait que dans les cas d’agression sexuelle, il n’y a bien souvent de certitude que dans l’esprit de la victime. Dans ces histoires, les preuves et les témoins sont rares, et personne d’autre que la victime ne peut prétendre savoir ce qu’il s’est réellement passé. Comment peut-on affirmer avec certitude, hors de tout doute, qu’aucun crime n’a été commis? Pour demeurer dans la modestie, disons que cette formulation du DPCP est pour le moins… étonnante.

La justice n’est ni une science exacte ni une religion incontestable. Il s’agit du moyen le moins pire que nous ayons trouvé pour maintenir un peu d’ordre. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un système faillible et perfectible. On nous implore souvent de respecter la présomption d’innocence, impératif qui, jusqu’à maintenant, semble bien respecté par la magistrature, seule concernée par cette contrainte. En revanche, peut-on exiger un peu plus d’humilité de la part des commentateurs qui se sont emparés de cette affaire comme d’une preuve quelconque de quoi que ce soit?

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