Collaboration spéciale

La semaine dernière, Radio-Canada diffusait Pretty Woman dans le cadre de sa programmation des Fêtes. Drôle de choix, non?

Un film sur la prostitution peut-il vraiment être considéré comme festif, peu importe la posture que l’on adopte à l’égard du travail du sexe et le regard sympathique que ce film des années 1990 porte sur cette réalité? Je pose la question. Je ne voudrais surtout pas qu’on empêche quoi que ce soit. Je veux juste qu’on en discute.

Je le précise parce que j’ai remarqué, dans les dernières années, que les questionnements et critiques étaient presque invariablement interprétés comme des appels à la censure. Ces débats ressemblent trop souvent à des discussions de couple dysfonctionnel:

– «Bébé, j’aimerais ça qu’on passe par Charlevoix au lieu de prendre le parc pour aller au Saguenay cette année.

– Quoi, t’es pas d’accord avec mon choix d’itinéraire? Tu trouves que je conduis mal?

– Non, c’est juste qu’il y a seulement un arrêt pipi, dans le parc, et j’aimerais ça, des fois, passer par Charlevoix. C’est beau, Charlevoix.

– T’aimes pas ça, aller au Saguenay? Ben si c’est comme ça, on n’ira plus!»

La stratégie privilégiée devant la critique ressemble trop souvent à cette réponse passive-agressive. Pour confisquer le débat, on l’étouffe dans un concept bien creux, la censure, dont on fera porter le blâme à ceux qui ont osé émettre des réserves. Récemment, des chaînes radio ont annoncé qu’elles ne diffuseraient plus Baby it’s Cold Outside sous la pression de certains auditeurs estimant que la chanson participe de la culture du viol. Bien sûr, ce sont les méchantes féministes qui portent l’odieux de cette décision, puisque ce sont elles qui ont entamé la discussion.

Une discussion qui n’est pas inintéressante. Certaines personnes voient dans cette chanson une insistance qui a toutes les allures du harcèlement sexuel. D’autres évoquent au contraire un hymne à l’émancipation sexuelle des femmes dans un contexte où il était mal vu pour une femme de coucher avant le mariage. D’autres encore avancent que les choses n’ont pas tant changé, que les femmes sont encore traitées de salopes lorsqu’elles papillonnent trop, et que cette idée d’une femme qui dit non alors qu’elle veut en réalité dire oui est toujours d’actualité. D’autres ont fait remarquer que la chanson de Noël était loin d’être la plus répréhensible du corpus de musique populaire.

Pour confisquer le débat, on l’étouffe dans un concept bien creux, la censure, dont on fera porter le blâme à ceux qui ont osé émettre des réserves.

Dans tout ça, je n’ai pas vu beaucoup de féministes réclamer le retrait des ondes de la chanson. Une pétition en ligne récolte 14 signatures. Ça me semble bien peu pour évoquer une dictature du politiquement correct. Les institutions qui prennent la décision d’annuler un spectacle, de retirer une chanson des ondes ou de céder à la pression de quelques détracteurs sont-elles réellement à l’écoute des critiques qui leur sont adressées? Ont-elles à cœur le bien commun, ou abandonnent-elles une discussion qui leur apparaît trop complexe, jouant le jeu de ceux qui se plaisent à croire qu’on ne peut plus rien dire?

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