La saison de l’Opéra vient de débuter, mais, compte tenu de toutes les barrières qui s’érigent contre l’appréciation de cet art lyrique, il serait étonnant que cela vous excite autant que l’annonce annuelle de la programmation d’Osheaga. Il faut en effet posséder plusieurs préalables pour apprécier l’opéra. Par exemple, y avoir été initié en bas âge, avoir quelques notions de musique classique, apprécier les grandes envolées trémolesques (genre, Shakira x1000), les grands chœurs et la musique d’orchestre symphonique.

Bien sûr, les ambassadeurs de l’opéra vous diront que plusieurs mesures ont été prises dans les dernières années pour démocratiser l’opéra. L’ajout de sous-titres en est un bon exemple : 400 ans après la création d’Orfeo, on a enfin compris qu’un pourcentage très limité de la population maîtrisait assez l’italien, le français, l’allemand et l’anglais pour comprendre le dialogue des principales œuvres, et que même ceux qui possèdent parfaitement ces langues ne comprennent pas un traître mot sortant de la bouche d’un Falstaff interprété par un gros russe, ou d’une Dalila au trémolo galopant dotée d’un fort accent italien.

La promotion de chanteurs vedettes n’a pas nui non plus. Dans les dernières années, les médias ont réussi à donner assez de visibilité aux Marie-Nicole Lemieux, Marie-Josée Lord et autres Karina Gauvin pour susciter un peu de curiosité chez un public pas conquis d’avance. C’est bien, parce qu’on ne peut pas en vouloir à un spectateur de bouder son opéra si ses principaux chanteurs sont d’illustres inconnus. C’est un peu comme si on espérait remporter autant de succès avec Bon col  Bad Cop en remplaçant Patrick Huard par Robert Lalonde, sans vouloir rien enlever au talent de Robert Lalonde. Le danger de ça, c’est que si Ginette L’Heureux, de Brossard, décide de se payer des billets d’opéra pour aller voir son beau Marc Hervieux, elle risque d’être déçue et de ne plus jamais vouloir y mettre les pieds. Cap sur l’été et Johann Strauss fils, c’est pas le même genre d’humour.

Pour le reste, aimer l’opéra n’est pas facile. Les histoires, loin de nos préoccupations, sont dures à suivre, et la musique ne nous est pour la plupart pas familière. C’est peut-être ce qui explique le petit nombre de représentations de chaque œuvre à Montréal. Quatre soirs par œuvre. Tout ça pour ça. Toutes ces répétitions, ces décors, ces costumes, pour quatre petits soirs. Et pourtant, je me demande toujours qui peut bien remplir, durant ces quatre soirs, la salle Wilfrid-Pelletier, alors qu’on a de la difficulté à remplir des salles de cinéma.

Il est difficile de deviner les motivations de chacun pour payer entre 20 et 140$ pour aller voir chanter des airs d’un autre siècle. Étant donné le peu de chances qui nous est donné de découvrir l’opéra, je soupçonne le facteur «se la raconter» de loger très haut dans les priorités. Pourtant, pour peu qu’on s’en donne la peine, il est possible d’atteindre quelque chose en se familiarisant à cet art. Voici quelques trucs pour y arriver.

1. Choisissez un show que vous risquez d’aimer

Chaque année, l’Opéra de Montréal propose quatre productions, parmi lesquelles vous trouverez presqu’invariablement deux ou trois grands classiques. Je me demande si, parmi ceux-là, le Barbier de Séville n’est pas présenté aux deux ans. Ces vieilles œuvres servent le public premier de l’opéra qui n’a pas trop envie d’être bousculé et qui sera sur le bout de sa chaise durant les cinq minutes où il reconnaîtra l’air, tsé l’air, là, que tout le monde connaît. Par exemple, l’Amour est un oiseau rebelle, dans Carmen. Le reste de l’opéra sera peut-être pénible, mais au moins le public aura reconnu quelque chose.

Les opéras, c’est un peu comme des séries dramatiques. Vous avez plus de chance de vous attacher aux personnages si leurs préoccupations ressemblent aux vôtres. Si Dexter avait été écrit au 13e siècle, vous auriez peu d’intérêt pour la série. La Bohème, Didon et Énée, ou Les Noces de Figaro, c’est beau, mais ce n’est peut-être pas la meilleure façon de s’initier à l’opéra. Ça donne l’impression que cet art ne s’est jamais mis à jour. Depuis quelques années, l’Opéra de Montréal mise sur des affiches «modernes» pour renouveler sa clientèle. Le marketing, c’est bien, mais peut-être que vous attirerez d’autant l’attention et retiendrai davantage votre public en annonçant la venue d’un opéra composé par celui qui nous a offert la trame sonore de The Hour. Contrairement à l’art contemporain, la musique contemporaine n’est pas moins accessible à un public non initié. C’est le contraire. Vous avez plus de chance de retrouver des repères – au moins musicaux – si vous tombez sur Civil Wars, de Philip Glass, Nixon in China de John Adams ou même Porgy and Bess, de Gershwin, présenté l’an passé à l’Opéra de Montréal. Cette année, ma curiosité est attirée par Silent Night, de Kevin Puts, et par Samson et Dalila, parce que Saint-Saëns était quand même moderne pour un romantique.

2. Écoutez-en

Iriez-vous voir le show d’un groupe que vous n’avez jamais entendu de votre vie? Oui, peut-être, pour faire de belles découvertes, mais vous risquez d’avoir un peu plus de fun si vous avez écouté l’album quelques fois avant d’aller au concert. Même chose pour l’opéra. Procurez-vous l’album, écoutez-le dans l’auto, à la maison, au travail, pour vous endormir. À un moment donné, il va se passer quelque chose entre votre nombril et votre plexus solaire. C’est là que vous saurez que vous aimez l’opéra. Vous pouvez écouter l’opéra de Kevin Puts gratis ici.

3. Lisez avant

Comme il y a peu de chances que vous compreniez l’histoire par l’entremise des paroles – souvent décousues et/ou redondantes, disons-le – familiarisez-vous avec l’argument de l’œuvre avant toute chose. L’Opéra de Montréal organise aussi des préopéras, des séances de vulgarisation une heure avant la levée du rideau. Lisez les critiques, mais pas nécessairement celles de Claude Gingras. Parce que vous, vous vous en foutez un peu si le baryton a manqué son si bémol en ouverture. Pour vrai.

4. Voyez ce qui se fait ailleurs

Depuis quelques années, les salles de cinéma d’ici se rentabilisent en présentant les productions du Metropolitan Opera de New York. Ça vous donne un aperçu de ce qui se fait ailleurs, des risques qui sont pris là où la densité de la population le permet. En visite à Bruxelles en 2009, j’ai vu une version asiatico-contemporaine du Semele de Haendel. C’était complètement fou, il y avait de gigantesques sumos sur la scène et un dragon géant. Les abonnées de la Monnaie de Bruxelles étaient furieux d’avoir été brusqués de la sorte sans avertissement, mais moi, j’ai jamais été aussi divertie par un opéra baroque. Je vais m’en rappeler toute ma vie.

5. Payez moins cher

C’est grâce aux générales scolaires, des représentations à 5$ pour les moins de 17 ans, que j’ai découvert l’opéra à l’adolescence. Si vous n’avez PAS moins de 17 ans, il y a d’autres moyens d’économiser, par exemple, en s’y prenant assez d’avance pour attraper des billets – très poches – à 20$. Ou en allant voir la relève à l’Atelier lyrique.

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