J’ai été agréablement surprise de constater la réaction négative de plusieurs lecteurs du Journal de Montréal hier à la divulgation des «écarts de conduite» de l’animateur Joël Legendre. Le quotidien révélait que ce dernier avait payé une amende pour grossière indécence après avoir été arrêté au parc Marie-Victorin, à Longueuil. La version de l’animateur : il joggait et a été pris d’une envie d’uriner. À part d’anecdotiques «ç’a l’droit d’avoir des enfants c’te monde-là», la plupart des commentateurs s’en prenaient plutôt à la décision de publier une telle histoire.

Plusieurs ont reproché à l’article ses insinuations maladroites – dont la référence au parc Marie-Victorin comme «mondialement connu comme un lieu de rencontre pour hommes gais» –, le choix d’une photo suggestive hors contexte et l’intrusion dans la vie privée de la vedette. À la défense du quotidien, la nouvelle passe – sur la peau des fesses – le test de l’intérêt public. Joël Legendre n’est pas un politicien, le geste qu’il a ou aurait commis n’a mis la vie de personne en danger, et, contrairement à ce que pensent certains collègues, consentir à étaler sa vie privée dans les magazines ne suppose pas qu’on donne son consentement à tout. Par contre, force est de reconnaître que les activités extracurriculaires ayant lieu au parc Marie-Victorin ont été identifiées comme une nuisance publique au point d’y attribuer des ressources supplémentaires, dont un accroissement de la surveillance policière.

Ceci étant établi, si la nouvelle relève minimalement de l’intérêt public, son traitement – et l’acharnement dont semble être victime Joël Legendre de la part du Journal de Montréal –, lui, relève de l’homophobie la plus banale.

Le parc Marie-Victorin n’est pas seulement connu comme lieu de débauche pour homosexuels. Il est aussi le théâtre d’activités tout à fait hétérosexuelles et, plus grave encore, il est recensé parmi les lieux où on risque d’être agressé à Longueuil. C’est notamment dans ce parc qu’une joggeuse a été attaquée en juin 2012. Si les homosexuels ne constituent pas la principale source d’infractions, pourquoi identifier ce groupe en particulier? Parce que cela permet trop commodément d’insinuer que Joël Legendre, qui est gai, comme nous l’a appris le Journal de Montréal en 2010, y aurait commis des gestes… gais? Selon la même logique, nous aurions tous les droits d’assumer qu’un Noir se baladant en compagnie d’autres Noirs dans le quartier Saint-Michel est nécessairement membre d’un gang de rue. Ou qu’un homme blanc vu sous un pont est forcément louche : n’est-ce pas près d’un pont qu’on a retrouvé le corps de Jolène Riendeau?

S’il est étonnant que de tels amalgames n’aient pas conduit à un tsunami d’homophobie chez les lecteurs, il est désolant de voir que cette homophobie s’est exprimée par la plume d’un des chroniqueurs de la publication, qui aurait préféré voir Joël Legendre organiser des combats de chiens. Ce commentateur a affirmé que cette incartade entachait «la communauté». Comme si le fait que Legendre n’a pas un comportement «idéal» avait quelque chose à voir avec la communauté. Le fait qu’un père homosexuel pisse dans un parc (ou qu’il s’adonne à autre chose) ne fera jamais de tous les parents homosexuels de mauvais parents. Ce qui entache la communauté, c’est de faire de telles associations.

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