L’histoire de Rachel Dolezal fait le tour de la planète. Celle qui se présente comme une militante pour les droits des Noirs depuis plusieurs années n’a finalement pas un iota d’ADN noir, contrairement à ce qu’elle affirme. Ses parents ont révélé qu’elle trompait les gens au sujet de son identité, prétendant être la mère d’enfants noirs et ayant eu accès à des bourses à titre de membre de la communauté afro-américaine.

Dans la foulée de ce scandale, plusieurs personnes se demandent si cette histoire ne révèlerait pas, en fait, l’existence de quelque chose comme la «transracialité», au même titre que la transsexualité, par exemple. Cela pose plusieurs problèmes.

Je n’aurai pas la rigidité d’affirmer qu’il soit impossible qu’une personne, au fond d’elle-même, ait toujours senti qu’elle appartenait à une autre identité ethnique que celle à laquelle on l’identifie. Disons que pour l’instant, aucune recherche académique ne permet, à ma connaissance, de démontrer qu’un tel phénomène existe. Il y a bien le terme de «wigga», qu’on utilisait dans les années 1990 pour décrire une personne de race blanche adoptant un style vestimentaire ou un langage associés à la culture noire (voir Eminem, Vanilla Ice, D-Natural, etc.), mais il semblerait que ce phénomène relève plus de l’appropriation culturelle que d’un malaise entre l’identité ressentie et l’identité reconnue.

Mais surtout, rapprocher l’histoire de Rachel Dolezal à celle de Caitlyn Jenner, comme l’ont fait certaines personnes sur les réseaux sociaux, c’est faire abstraction de l’élément le plus important de l’affaire Dolezal : la tromperie. Rachel Dolezal a menti sciemment pour accéder à des positions de pouvoir et recevoir un soutien qui aurait dû pallier les contraintes structurelles dont sont victimes les minorités visibles dans l’accès aux études et à l’emploi. Comparer ces deux histoires insinue, en quelque sorte, que les personnes trans nous trompent quant à leur identité. Qu’elles essaient de passer pour ce qu’elles ne sont pas. Ce paradigme est dangereux.

Peut-être découvrirons-nous plus tard que Rachel Dolezal souffrait d’un problème qui pourrait expliquer sans l’excuser cette machination. Force est de reconnaitre qu’on en sait très peu sur cette histoire pour en tirer des conclusions, si ce n’est qu’elle n’a rien à voir avec celle de Caitlyn Jenner ou de toute autre personne trans. Peut-être pourrions-nous toutefois en profiter pour remettre en question la rigidité de notre conception de ce qu’est l’identité raciale. Idéalement pas dans le but d’en tirer plus de privilèges, mais dans celui de créer plus d’égalité.

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