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Tout au long de la fin de semaine, je croisais les doigts pour que les personnes qui cherchaient Roosh V, le blogueur masculiniste insécure, dans les quatre coins de la ville, à l’aide du mot-clic #FindRooshV, ne lui donnent pas raison. Qu’une personne contrevienne au code criminel et même que des plaintes soient portées contre elle ne justifie personne de se faire justice soi-même. Or, c’est bien ce qui risquait de survenir si on mettait la main sur le chenapan.

Sinon, on cherchait Roosh V pour en faire quoi? Alerter la police? Lui crier des noms? L’enrober symboliquement de goudron et de plumes? Les risques qu’il soit battu au fond d’une ruelle et qu’il ait tout en main pour se trouver du bon côté de l’état de droit étaient beaucoup plus grands. La réponse est venue samedi soir, lorsqu’une proie du blogueur a joué le jeu de la séduction jusqu’à ce qu’elle devienne assez proche de lui pour lui lancer sa pinte de bière au visage, devant le regard d’adeptes et de détracteurs de celui qui prône le viol domestique.

De fait, le blogueur a porté plainte pour voies de fait. De la bière au visage, c’est violent, c’est humiliant, mais force est d’admettre que ça a aussi quelque chose d’amusant et, disons-le, dans le contexte, d’amplement mérité. J’aurais aimé être l’agent de la paix qui a pris sa déposition: «Une fille vous a envoyé une pinte au visage? Elle dit que c’est parce que vous encouragez le viol? Hmm. Ok.» Cette victoire de la vindicte populaire en a emmené certains à trancher le dilemme qui a occupé la majorité des blogueurs et chroniqueurs la semaine dernière: fallait-il dénoncer ce prédicateur rétrograde et du même coup, jouer le jeu de lui faire de la publicité, ou simplement l’ignorer?

Sur le site HeadSpace, Toula Drimonis a offert un brillant plaidoyer contre la promotion de l’infâme personnage. La blogueuse nous y rappelle qu’en l’espace de quelques jours, Roosh V a gagné des adeptes sur les réseaux sociaux et que c’est à notre indignation qu’il s’abreuve. Mais c’est un peu grâce à toute la publicité que Roosh V a obtenu cette semaine que nous avons eu droit à cet acte de vengeance qui a procuré, j’imagine, beaucoup de satisfaction à une quantité de personnes qui fantasmaient à l’idée de lui envoyer cette pinte bien sentie.

Mais surtout, doit-on s’abstenir d’aborder un sujet sous prétexte qu’on lui fait de la publicité? Sinon, comment dire à quel point ce n’est pas ok? La désapprobation collective, même unanime, paraît nécessaire. Reste que, c’est vrai, nous lui avons fait bien trop plaisir à ce salopard, cette semaine, en lui donnant toute cette visibilité. Nous continuons d’être gênées d’exister alors qu’un troll, lui, se complaît dans notre haine. Face à notre colère, le troll semble toujours gagner. Mais notre expérience – pensons à Gab Roy – devrait nous rappeler que ce genre d’individu finit toujours par se planter. En attendant, le voir recevoir une bière au visage offre le sentiment de satisfaction le plus raisonnable pour les circonstances.

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