Chantal Levesque Dimanche dernier lors de la manifestation Go Topless.

Dimanche dernier avait lieu le Go Topless Day, une journée organisée par le mouvement raëlien visant à soutenir le droit des femmes de se promener les seins nus sur la base de l’égalité des sexes. Il y aurait beaucoup à dire sur cette journée, à commencer par le fait que les femmes n’ont pas besoin de Raël pour libérer leurs corps de l’oppression. Chaque année, cette «journée internationale» donne libre cours à bon nombre d’arguments farfelus s’opposant à la libération des poitrines féminines. En voici cinq qui m’apparaissent, pour le dire poliment, invalides :

1. Les hommes ne revendiquent pas le droit de se promener le pénis à l’air.

Comparons des pommes avec des pommes, et constatons la double norme qui a été établie entre la poitrine féminine et la poitrine masculine qui, soit dit en passant, a déjà été frappée du même tabou. Il fut un temps où les hommes cachaient eux aussi leurs seins. Par ailleurs, il se pourrait qu’on en vienne à revendiquer la nudité pour tous. Le tabou du corps n’est-il pas une invention des religions? Où sont tous les militants laïcs lorsque vient le temps de briser cette convention sociale?

2. Des seins de femme, c’est pas comme des seins d’homme : c’est sexuel.

Voilà un argument bien culturel. Dans certaines cultures, les cheveux des femmes sont sexuels. C’est l’une des raisons pour lesquelles on les cache. Or, comme nous le rappelle Mathieu Bock-Côté : «La représentation du corps féminin comme celle du corps masculin évolue d’une décennie à l’autre et plus encore, d’un siècle à l’autre.» Il est donc temps que la poitrine féminine entre dans le XXIe siècle, comme les chevilles sont entrées dans le XIXe siècle.

3. Bientôt, elles voudront se pointer au travail les seins nus.

Les femmes qui revendiquent le droit d’afficher leur poitrine ne militent pas pour la marotte du Beachclub de Pointe-Calumet : #beachdayeveryday. Elles veulent simplement avoir le même privilège que les hommes qui font leur jogging en chest quand il fait chaud ou qui affichent un parfait bronzage à la plage. Je ne crois pas qu’il soit question de revendiquer le port de la poitrine nue en milieu de travail.

4. Des violences sexuelles seront commises.

Les victimes de violence ne devraient pas faire les frais de cette violence et ajuster leur comportement de manière à ne pas être exposées à cette violence. Elles devraient pouvoir aspirer à vivre dans un monde sécuritaire. C’est la raison pour laquelle les militantes pro-poitrines demandent que les seins féminins soient désexualisés.

5. Il faut préserver le mystère.

Je crois que cet argument pourrait se traduire par : «Il faut préserver le privilège de l’homme hétérosexuel de pouvoir se rincer l’œil lorsque bon lui semble.» Plus la poitrine féminine sera dénudée, plus elle deviendra banale. C’est probablement cette éventualité qui déplaît le plus et qui fait qu’on se mobilise tant contre les seins féminins.

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