«J’ai longtemps hésité à écrire un livre sur la femme. Le sujet est irritant, surtout pour les femmes; et il n’est pas neuf», écrivait Simone de Beauvoir en introduction de son essai Le deuxième sexe qui, en 1949, allait paver la voie au féminisme. Tout était à faire, et on était déjà tannées du sujet. C’est avec beaucoup plus d’enthousiasme (et d’optimisme) que Pascale Navarro aborde, pour une seconde fois après Les femmes en politique changent-elles le monde?, l’enjeu de la place des femmes en politique dans son essai Femmes et pouvoir : les changements nécessaires.

La discussion est nécessaire, bien qu’elle en irrite elle aussi plusieurs, à commencer par les féministes. D’abord parce que personne ne s’entend sur les causes de la sous-représentation des femmes en politique, ni même sur la nécessité de leur représentativité dans ces sphères de pouvoir, ou encore sur le type de solutions à apporter. «C’est une question souvent laissée pour compte, et même si ça divise les féministes, c’est important de s’y pencher», croit Pascale Navarro. Une des sources de dissension chez les femmes, l’imposition de quotas, occupe une place importante dans l’essai. «De prime abord, les femmes n’en veulent pas», écrit l’auteure, qui offre plusieurs arguments en faveur de ces quotas.

L’évocation des quotas soulève toujours l’épineuse question de la compétence : seront-ils imposés aux dépens du meilleur candidat pour le poste? Comme si le recrutement d’hommes par des hommes assurait davantage que la compétence soit le premier facteur de décision. Les femmes craignent aussi d’être discréditées par une discrimination positive qui soulèverait constamment des doutes quant à leurs compétences. La vérité, c’est qu’une majorité de femmes préféreraient probablement qu’il ne soit pas nécessaire que des quotas soient inscrits dans des règles, et voudraient simplement bénéficier, comme les hommes, des quotas invisibles, beaucoup plus élégants, que constituent les boy’s club.

Notre ancien premier ministre Jean Charest fournit un exemple éclairant à cet égard : «Même à l’intérieur de nos propres réseaux [cercles politiques, milieux d’affaires], il y en a, des femmes. Personnellement, je crois qu’on ferme les yeux sur des candidatures parce que, souvent, les femmes ne correspondent pas au casting. Celui qui cherche le bon candidat ne la voit pas».

Mais ce qui est le plus irritant dans les discussions sur la parité, c’est qu’il y aura toujours des fins finauds qui, se drapant d’un sain scepticisme et prétendant vouloir «seulement soulever des questions», avanceront que, s’il y a moins de femmes dans un domaine, c’est peut-être parce que ça intéresse moins les femmes, ou parce qu’elles sont moins nombreuses à l’entrée, mais en tout cas, certainement pas parce que les hommes ne veulent pas qu’elles y soient.

La question n’est jamais de savoir à qui la faute, mais plutôt de comprendre comment changer la donne. C’est à cette tâche que s’attelle Pascale Navarro, en proposant des pistes plutôt qu’en offrant des réponses, une approche constructive bienvenue pour cet enjeu qui requiert qu’on se fasse une tête.

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