Archives Métro Le pape François lors de son passage à Washington.

Il serre des détenus dans ses bras, mange avec les pauvres, se bat contre les changements climatiques avec autant d’ardeur que Naomi Klein, ce qui emmène certains républicains à le trouver trop progressiste à leur goût. Il est identifié comme étant le pape le plus cool que la terre ait connu. Pourtant, il continue de s’opposer à ce qui semble le plus fondamental quand vient le temps de critiquer les religions des autres: l’égalité entre les hommes et les femmes.

Pour plusieurs, quand il est question du pape, cela devient un détail. Il est déjà mieux que la plupart de ses prédécesseurs, dit-on. Il a une influence positive à laquelle on ne peut tourner le dos, ajoute-t-on. Mais comment peut-on se contenter de si peu de la part d’un leader mondial qui se présente comme étant si progressiste sur d’autres enjeux? Comment peut-on accorder de la légitimité à un individu qui n’en reconnaît pas à la moitié de la population? Entendons-nous: la sorte d’inégalité qui persiste à l’intérieur de l’église catholique serait tout simplement illégale dans la société civile, puisqu’elle empêche bêtement les femmes d’accéder aux mêmes emplois que les hommes.

On dit que le pape avance à petits pas sur des enjeux comme l’homosexualité (qu’il continue à considérer comme un péché sans le «juger» et qu’il utilise comme critère d’exclusion de représentants diplomatiques), le divorce, l’avortement (en permettant aux prêtres de «pardonner» les femmes qui y ont eu recours). Mais sur la question de l’ordination des femmes, «la porte est fermée», a-t-il affirmé à plusieurs reprises. Il n’y aura pas de petits pas dans ce domaine, pas d’améliorations, pas de femmes prêtres. Jamais sous son règne.

Peut-être que pour certains, cela relève du détail. Ça en dit pourtant beaucoup sur la conception des rôles en fonction des sexes. Pour l’Église catholique – et pour plusieurs personnes encore en 2015, si j’en crois les commentaires à plusieurs de mes chroniques – les hommes et les femmes ne sont pas égaux, ils sont «complémentaires». Cette vision essentialiste qui ramène les hommes et les femmes à ce que l’on attend d’eux sous aucune autre espèce de fondements, fait non seulement fi de toutes les nuances qui peuvent exister dans la personnalité d’un individu, mais cantonne également les individus dans des rôles définis aléatoirement en fonction de ce qui se trouve dans l’entrejambe. Elle découle de la même idée selon laquelle maman nourrit les enfants pendant que papa sort les vidanges, et rend tout à fait légitime dans ce cas la question «qui fait l’homme qui fait la femme» à un couple d’homosexuels, hommes ou femmes. La rigidité de ces rôles a servi pendant des siècles à maintenir les femmes hors des sphères de pouvoir, comme c’est toujours le cas dans l’église catholique. Ne nous étions-nous pas débarrassés de ce carcan, du moins en principe, quelque part dans les années 60, ce qui a permis également aux hommes de s’épanouir à l’extérieur du modèle patriarcal?

Il ne fait aucun doute que le pape veut changer le monde pour le mieux, et que, malgré une désaffection du religieux dans les dernières années, il continue d’avoir l’autorité pour le faire. L’ordre de ses priorités demeure toutefois très claire : l’égalité entre les sexes n’en fera pas partie. Que nous considérions cela comme un détail dans notre appréciation papale en dit beaucoup sur notre propre ordre de priorités. Sauf quand vient le temps de discréditer les religions des autres, bien sûr.

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