Les nombreux défauts du rapport Payette sur les radios de Québec ont la commodité de détourner la réflexion nécessaire bien qu’épineuse que nous devrions engager au sujet de ce qu’il est convenu d’appeler la radio poubelle. Comme il fallait s’y attendre, ce rapport a été mis en pièces par la droite, mais aussi, pour des raisons tout à fait légitimes, par des commentateurs généralement jugés plus neutres. Manque de rigueur, problème de neutralité, solutions non réalistes, lui reproche-t-on, entre autres. Parmi les commentaires adressés à ce sujet, j’en retiens deux qui m’apparaissent, disons, mollassons.

Premièrement, on nous dit que diffuser des opinions de droite n’est pas, en soi, un défaut. J’en conviens. Comme ne l’a jamais vraiment dit Voltaire, «je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire». Le rapport Payette laisse maladroitement entendre que c’est la droite le problème, mais ce n’est pas ce dont il devrait être question. Le problème, ce n’est pas qu’une radio soit de droite, mais qu’elle intimide, qu’elle s’en prenne aux plus démunis, qu’elle propage une propagande haineuse, sexiste, homophobe. À ce que je sache, bien que l’amalgame soit tentant, la droite n’est pas, par définition, violente et haineuse. Par ailleurs, on peut bien continuer à s’entêter à croire que le PQ est à gauche, Dominique Payette, lorsqu’elle défendait la Charte des valeurs québécoises, ne se situait pas exactement sur le côté progressiste de l’échiquier politique.

Deuxièmement, on nous dit qu’il y aurait des mécanismes déjà en place pour contrer l’intimidation faite par certaines radios de Québec. Si les gens se sentent lésés, ils n’ont qu’à emprunter les voies juridiques pour se faire justice. Regardez Sophie Chiasson, nous dit-on, comme s’il s’agissait d’un exemple de réussite, alors qu’après le procès qui lui a donné raison, la plaignante a dû réorienter sa carrière dans les soins de santé alors que Jeff Fillion, lui, a retrouvé son micro. S’en remettre au «courage» des victimes pour mettre de l’ordre dans un paysage médiatique que l’on sait toxique, c’est un peu comme si une direction d’école était au courant d’une situation d’intimidation, mais qu’elle attendait que la tête de Turc porte plainte pour agir. Le discours haineux des radios-poubelles, on le connaît, il est documenté.

Et les femmes?

Un autre défaut du rapport Payette, s’il fallait en trouver davantage, c’est qu’il ne remet jamais en question la proportion hommes/femmes derrière le micro. Si l’on dénonce la misogynie, l’antiféminisme, le sexisme et l’homophobie de ces radios, analyser la proportion de femmes en ondes et le rôle de faire-valoir que ces dernières sont le plus souvent appelées à jouer est pour le moins élémentaire. De manière plus générale, si l’on souhaite qu’une pluralité de points de vue soit diffusée, il est impératif de s’interroger sur la place des femmes et des membres de minorités en radio et dans les médias en général.

La radio privée de Québec se réjouira de n’être pas la seule coupable de mettre en ondes une majorité d’hommes blancs d’âge moyen. À ce chapitre, la radio publique montréalaise ne fait pas beaucoup mieux. Gravel le matin : six hommes pour deux femmes (à la culture et à la météo). À la semaine prochaine : quatre hommes pour une femme. La soirée est encore jeune? Un noyau de quatre gars qui accueille des chroniqueuses de temps en temps. Pour le reste : quatre animatrices, dont seulement une à heure de grande écoute.

C’est bien de jeter la pierre aux radios privées de Québec, mais s’il y a une conclusion à tirer du rapport Payette, c’est que la radio est mûre pour un vaste examen de conscience.

 

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