Facebook Ghislain Picard

En langage de l’internet, on dirait que le Parti québécois s’est bien fait «troller» par Ghislain Picard. Invité à s’exprimer au conseil national du PQ, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador a suscité une explosion de joie de la part des militants du PQ devant ce qui avait toutes les apparences d’un coming out souverainiste. «Je suis Innu. Je suis souverainiste», a-t-il déclaré, dans un discours qui laissait peu de place à l’équivoque: Ghislain Picard est pour la souveraineté… des Innus.

Cette déclaration, qui évoque la possibilité d’une négociation des contours territoriaux du Québec avec les nations autochtones, est en réalité un cauchemar pour le parti. Elle met les membres du PQ devant une de leurs principales contradictions, celle de souhaiter la souveraineté pour eux sans nécessairement la reconnaître pleinement à d’autres. À ce sujet, le chef Picard ne s’est pas gêné pour leur rappeler, non sans une pointe de sarcasme, que ses «ancêtres avaient des politiques d’immigration extrêmement généreuses au XVIe siècle».

On voit bien que le PQ essaie de tendre la main aux Premières Nations. Le voyage de Pierre Karl Péladeau à Val-d’Or au lendemain des révélations faites par l’émission Enquête au sujet des relations troubles entre la SQ et les femmes autochtones était certes un signe d’ouverture. L’invitation faite au chef Picard en est une autre manifestation. Mais il est tentant de se demander: à quelle fin?

On peut entrevoir un début de réponse dans la manière avec laquelle le président du PQ, Raymond Archambault, a évoqué le film L’Empreinte pour présenter Ghislain Picard. Ce film, dont l’idée maîtresse est que la plupart des «Québécois de souche» auraient du «sang indien», ce qui expliquerait des valeurs communes partagées avec les Premières Nations, propose une vision idéalisée d’une identité québécoise fabriquée de toutes pièces à partir d’un fantasme du «bon sauvage». Or, cette vision romantique a été décriée à la fois par des historiens pour son manque de fondements et par des autochtones qui y voient une récupération à bon compte de l’histoire coloniale et une essentialisation de l’identité autochtone. Comme si le fait de partager des gènes avec des Innus, des Cris ou des Abénaquis nous conférait certaines vertus qui seraient propres aux autochtones.

Si c’est à cette illusion que le PQ désire rattacher son rêve d’indépendance, il fait fausse route. S’imaginer avoir du sang indien, c’est l’fun, jusqu’à ce qu’on réalise que ces gens-là demandent des affaires.

Pourtant, s’ils avaient bien écouté le chef Picard, comme on peut le faire sur la chaîne YouTube du Parti québécois, les membres du PQ auraient compris que, pour ce représentant des Premières Nations, un «gouvernement souverainiste, fédéraliste, ou quelque part entre les deux» ne fait pas tellement de différence. Ce qui compte, pour lui, c’est le respect des traités ancestraux. C’est le fait de jouir de droits égaux. Et c’est aussi la souveraineté. Et ça, ça ne se réglera pas en se racontant des histoires de coureurs des bois qui auraient folâtré avec des Algonquiennes.

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