Si vous avez visionné le documentaire L’amour au temps du numérique, diffusé lundi et mardi sur les ondes de Télé-Québec, vous êtes peut-être, en ce moment,
a) terrifié par l’effet des nouvelles technologies sur la jeunesse;
b) terrifié par la jeunesse;
c) convaincu que votre ado a déjà attrapé deux chlamydias et une gonorrhée;
d) conscients que l’excellent film de Sophie Lambert ne reflète pas la réalité de l’ensemble d’une génération, mais celle d’une cohorte de jeunes triés sur le volet pour leur rapport singulier aux technologies.

Plusieurs membres de la génération Y, ceux nés entre 1980 et 2000, appréhendaient la diffusion de ce reportage dont l’objectif était de présenter les mutations profondes créées par le numérique au chapitre des relations amoureuses. Allait-on tirer des conclusions hâtives et peu nuancées sur la dépravation et la superficialité de la «génération née avec l’internet» à partir de spécimens aussi caricaturaux que le douchebag Stef, l’emo Stevo ou l’insécure Sandrine? Depuis le temps qu’on se fait dire qu’on est la génération d’enfants rois, jugement confirmé par le phénomène du selfie, qui incarnerait l’apogée de l’égocentrisme et dont les jeunes seraient les seuls dépositaires.

N’est-ce pas le propre des plus vieilles générations de juger le comportement des plus jeunes à travers des critères d’interprétation parfois dépassés? La télévision abrutirait nos parents, les jeux vidéo nous rendraient violents et les réseaux sociaux modifieraient en profondeur le rapport des plus jeunes à la sexualité et à l’amour.

La réalisatrice Sophie Lambert aura beau prendre soin de nous rappeler que ces jeunes qu’elle a choisis cherchent, au fond, la même chose que leurs parents, ces derniers pourront très bien conclure, s’ils ne l’avaient pas déjà fait en regardant Occupation double, que les jeunes sont absorbés par leur apparence, obsédés par l’approbation d’autrui, cumulent des relations insensées et sans lendemain. N’est-ce pas la définition, toutes générations confondues, d’avoir vingt ans?

Les nouvelles technologies transforment sans contredit notre façon d’appréhender le monde. Elles font de nous des tatas à l’occasion. Elles offrent aussi un potentiel extraordinaire. Pour avoir un aperçu de ce que les jeunes peuvent faire – d’autre que d’attraper la chlamydia – avec les réseaux sociaux, on peut aussi se tourner vers Le Slingshot, un studio de création et de représentation de jeunes YouTubers.

Comme Stef, Sandrine et Stevo, les jeunes choisis par cette nouvelle agence sont au début de la vingtaine, et comme eux, ils utilisent les réseaux sociaux pour faire leur promotion. Mahdi Ba fait des montages incroyables de scénarios qu’il imagine. Jean-François Casselman-Dupont envoie promener les diktats de la beauté et du genre dans ses tutoriels de maquillage. Lysandre Nadeau démystifie les enjeux LGBT pour son public de 100 000 abonnés. Ces jeunes-là se réalisent professionnellement à un âge où on habitait encore chez nos parents. Certains d’entre eux gagnent des salaires plus élevés que le vôtre. Tous maîtrisent le monde d’aujourd’hui et s’apprêtent à dominer celui de demain. On peut bien continuer à penser que les réseaux sociaux mèneront le monde à sa perte. Pendant ce temps-là, ces jeunes rient dans leur Samsung Galaxie.

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