Lorsqu’elle incarnait Hannah Montana, Miley Cyrus, alors adolescente, était soigneusement coiffée, maquillée, illuminée et photoshopée de manière à correspondre aux standards de beauté établis par Disney. Ces standards devaient aussi correspondre à la pensée dominante, puisqu’on n’a jamais remis en question le fait qu’une fillette de cet âge véhicule des valeurs d’hypersexualisation, de tyrannie de la beauté, de culte de l’apparence, lorsqu’elle était photographiée, le regard coquin, tenant un micro tout près de sa bouche. Jamais, à cette époque, a-t-on crié au scandale, à la culture de la pédophilie.

C’est plutôt devant une Miley Cyrus qui s’approprie son corps et sa sexualité que l’on s’offense. Dans son plus récent vidéoclip, intitulé BB Talk, la chanteuse, habillée en bébé, s’adonne à des poses suggestives qui ont fait bondir les regards chastes. «Miley Cyrus ne fait pas le petit bébé mignon tout plein qui attire la tendresse et les câlins! Elle se frotte sur son biberon comme si c’était un dildo, elle se lèche les babines après avoir sucé sa suce, elle se trémousse en pyjama comme une actrice porno», écrit, choquée, Sophie Durocher dans Le Journal de Montréal.

La vidéo présente aussi d’autres images plus subversive de la chanteuse : grimaces, poses caricaturales, Miley avec de la mousse de bain sur la tête. Si vous trouvez ça sexy, je ne sais pas trop comment intervenir. Surtout, si on écoute les paroles du refrain, on comprend toutes ces nuances qu’on ne souhaite pas entendre quand on tient à demeurer offusqué : «I told all my friends I’m moving on, Your baby talk is creeping me out, Fuck me so you stop baby talking».

Miley Cyrus qui dérange.

On peut bien trouver que tout ça est dérangeant, mais force est de reconnaître qu’on est plus à l’aise lorsque la sexualité des femmes (voire des adolescentes) est façonnée par de grandes corporations, qui gomment à souhait les corps pour qu’ils se conforment à des normes anxiogènes pour plusieurs jeunes filles, qu’avec une sexualité subversive, soit, mais choisie.

Miley Cyrus qui ne dérange pas.

Lorsqu’elle évoque sa période Hannah Montana, Miley Cyrus raconte pourtant qu’elle a souffert de dysmorphobie – une peur d’être laide – en raison du décalage entre ce qu’elle voyait sur les photos de Disney et ce qu’elle voyait dans le miroir, lorsque les caméras avaient le dos tourné. C’est en réaction à cette pression pour atteindre des critères de beauté irréalistes que la nouvelle Miley est devenue subversive. On peut faire plusieurs reproches à Miley Cyrus, à commencer par sa propension à s’approprier les référents culturels d’autrui, mais le discours positif qu’elle entretient à l’égard de son corps et sa sexualité décomplexée font en réalité partie des bonnes choses qui émanent de cette enfant vedette devenue adulte.

On préfère bien sûr que les filles, leur sexualité et leurs corps, demeurent à l’intérieur des frontières réconfortantes, établies par plusieurs années de capitalisme et de patriarcat. Tout ce qui sort de ces balises dérange.

Il fallait voir jeudi dernier le malaise de Gino Chouinard lorsque Mariana Mazza a dit les mots vagin, menstruation et masturbation en entrevue. Sur son visage, on pouvait lire la prière qu’il envoyait au petit Jésus pour que sa mère ne soit pas en train de regarder l’émission. En introduction, Gino s’excusait d’avoir choisi un extrait de spectacle où Mariana Mazza parlait de sa pilosité abondante. «Il y avait pire», s’est-il justifié, comme si le fait qu’une femme parle librement de ce qui écarte son corps des normes de genre était la chose la plus gênante à présenter au grand public.

Sur le site de l’émission, le titre qui accompagne désormais l’entrevue est «Propos déplacés de l’humoriste Mariana Mazza?». Voyons donc, Salut Bonjour!, avez-vous peur de vous faire savonner la langue par des bonnes sœurs? Vos patrons ont-ils été remplacés par des curés? Avez-vous seulement compris le message de Mariana Mazza qui était pourtant clair : depuis des siècles on s’empêche de parler de la sexualité féminine et il est temps de célébrer la liberté d’expression qui nous est impartie. Même si ça bouscule la pensée dominante, et même si on risque encore de se faire traiter de vulgaires pour avoir osé se réapproprier des partie de notre corps confisquées depuis trop longtemps par l’ordre établi.

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