Jacques Boissinot/LA PRESSE CANADIENNE Lise Thériault.

La semaine dernière, l’Institut économique de Montréal (IEDM) envoyait un communiqué intitulé «La lutte pour les droits des femmes passe par la liberté économique». Dans un élan d’enthousiasme spontané, j’ai interprété le mot «liberté» comme un synonyme d’«autonomie» et j’ai pensé que l’IEDM se positionnait en faveur d’une plus grande reconnaissance de l’apport des femmes dans les ménages où un homme rapporte la majorité des revenus. J’ai même poussé la naïveté jusqu’à imaginer que l’IEDM reconnaissait que l’économie nuisait aux femmes. Puis, j’ai lu la note en question.

L’Institut économique de Montréal est un groupe de réflexion de droite qui valorise une vision néo-libérale de l’économie : le moins d’État possible, et le plus possible de libertés aux entreprises. Pour dire: l’ex-ministre des Finances conservateur Joe Oliver vient d’être nommé «senior fellow émérite» de l’organisation. On sait pas trop ce que ça veut dire, «senior fellow émérite», mais on sait d’emblée que c’est pas un titre que l’IEDM aurait donné à Françoise David ou à Amir Khadir, mettons.

Les notes économiques que l’IEDM publie sont évidemment teintées par son idéologie : le libéralisme économique. Lorsqu’on y parle de «liberté économique», on ne fait pas tant référence à l’émancipation financière des femmes qu’à un système capitaliste néolibéral. Cela conduit l’IEDM à conclure que, dans les pays où le libre marché règne en maître, les femmes jouissent de meilleures conditions. Cette corrélation a été démontée par Eve-Lyne Couturier, chercheuse à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), l’opposé idéologique de l’IEDM. Celle-ci démontre qu’il y a une corrélation beaucoup plus grande entre la qualité de vie des femmes et une meilleure distribution des revenus entre les riches et les pauvres, qu’avec la liberté économique.

Une chose que révèle la note économique de l’IEDM, toutefois, c’est qu’il est toujours plus commode de dénoncer les mauvaises conditions de vie des femmes dans les autres pays que de constater que l’économie néolibérale a de réels impacts négatifs sur les femmes au Québec en 2016. Comme le rappelle Eve-Lyne Couturier dans sa réponse à l’IEDM, «les femmes sont plus nombreuses à travailler au salaire minimum, à temps partiel (ou à des salaires peu élevés), dans des emplois précaires… Cette réalité a des conséquences jusqu’à leur retraite, qui est en moyenne moins généreuse que celle des hommes à cause de toutes ces raisons».

L’autre chose que révèle ce coming-out féministe de l’IEDM, c’est qu’en 2016, le féminisme a tellement la cote que même un think tank de droite, qui nous a plus habitués à remettre en question le bien-fondé des garderies subventionnées et à ridiculiser ce concept loufoque qu’est l’équité salariale, n’a pas honte de surfer sur la vague féministe. Féministe à sa façon, comme dirait la ministre Lise Thériault.

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