Ryan Remiorz/La Presse canadienne Denis Coderre, lors de son discours de défaite, dimanche

C’est connu de tous, Denis Coderre ne connaît qu’une vitesse et c’est à fond la caisse. Rien qu’à voir, même son passage à la mairie aura passé à la vitesse de l’éclair. Un seul mandat et bye-bye Monsieur Montréal. Pour celui qui s’inscrivait tout naturellement dans la lignée des coureurs de longue distance que furent Camilien Houde et Jean Drapeau, c’est un euphémisme de dire que les choses n’auront pas tourné comme prévu.

Dommage, on ne dira jamais assez combien la machine Coderre a été d’une remarquable efficacité en début de mandat. Dans les 24 premiers mois qui ont suivi son arrivée dans le grand fauteuil, ce gars-là a abattu plus de travail pour la ville que ses prédécesseurs Bourque et Tremblay avaient été capables d’en accomplir en 18 ans. Disons-le, celui qui s’était autoproclamé «new sheriff in town» avait brillamment relevé les défis colossaux qui s’étaient dressés devant lui alors que tout craquait de partout, tant au niveau des infrastructures que sur le plan éthique. Dans le grand bilan, il ne faudra jamais oublier cette époque où Coderre rimait avec salutaire. C’est par la suite que les choses sont devenues plus compliquées…

Dans les faits, la lune de miel entre Denis Coderre et le reste de l’univers s’est achevée quand son bureau a contacté le chef de police pour connaître le fin fond de la source qui avait informé le journaliste Patrick Lagacé de La Presse dans une histoire de contravention. C’est exactement là, quand on a su que Denis Coderre se permettait ce type d’intervention, que les rapports entre le maire et les membres des médias sont devenus plus difficiles, voire exécrables. À partir de ce moment précis, le soleil n’a plus jamais scintillé comme avant sur l’hôtel de ville. Les points de presse ont commencé à être pimentés de «on se calme», sur un fond de «regardez-moi aller» qui n’avait rien de rassurant. On ne reviendra pas sur la Formule E, et surtout pas sur la gestion lamentable de ce dossier; tout a été dit. Pas plus que sur cette drôle de patente que furent les fêtes du 375e, dont on finira bien un jour par connaître le coût total. On peut s’attendre au pire.

Facile à dire après coup, mais les indices de défaite étaient depuis longtemps bien en place…

Au cours de la dernière semaine, un confrère journaliste m’a confié que l’entourage de Coderre s’attendait à en manger toute une dimanche soir. Il ne s’était pas trompé. «Leur plus grosse surprise, ça serait de gagner.» Si l’équipe le savait, imaginez combien le maire devait s’en douter. J’imagine que c’est ce qui explique sa discrétion des derniers moments. Quand j’ai entendu les coups d’éclat parfaitement ridicules d’Anie Samson, qui a brandi des épouvantails gauchistes pour faire peur au monde ainsi que la dénonciation des ex-collègues «extrémistes» de Richard Bergeron, j’ai su qu’on lançait la dernière carte, celle du désespoir. La dernière fois qu’on avait entendu quelque chose d’aussi grotesque, c’était en 1970 quand Jean Drapeau avait déclaré en pleine crise d’octobre que «le sang allait couler dans les rues» si ses adversaires du Front d’Action Populaire étaient élus.

En moins d’un mandat, Denis Coderre a fini par montrer des signes d’usure du pouvoir. Du sans précédent. Le manque de transparence, l’absence de comptes à rendre, l’assurance de ceux qui se voient au-dessus de tout. Le Denis Coderre du début n’aurait probablement pas aimé celui de la fin. Tout le monde se rendait compte du malaise, sauf le principal intéressé, semble-t-il. Le mutisme subit de cet homme, pourtant doué d’un bon instinct politique, m’étonnera encore longtemps. Un jour, peut-être qu’on saura le pourquoi de cette obstination à ne vouloir rien dire sur des dossiers qu’il aurait pu régler sur le champ. Je refuse de croire qu’un stratège politique du calibre de Coderre ne voyait pas qu’il allait frapper un mur au terme de cette folle embardée. Dans le même ordre d’idées, peut-être qu’on comprendra également pourquoi Denis Coderre, un organisateur d’une redoutable efficacité, n’a pas démarré sa campagne électorale en même temps que tout le monde.
Ça fait bien des questions, n’est-ce pas? Tant de questions après un si court mandat.

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On dit bravo à Valérie Plante et à son équipe de Projet Montréal pour la victoire nette et sans équivoque. Et merci pour la leçon de communication, qui démontre par 10 qu’il sera toujours plus séduisant de se parler de ce qui s’en vient que de s’asseoir sur ses réalisations, aussi bonnes soient-elles. Cela dit, avec la pile de promesses et de propositions qui ont été avancées au cours des dernières semaines, j’ai l’impression que le temps va vite être compté au sein de la nouvelle équipe en poste. Les sourires et les éclats de rire résisteront-ils à l’épreuve de la pression quotidienne? Faudra voir.

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Vu: Les secrets de la Petite Italie, de Steve Gallucio chez Duceppe. Un spectacle qui se découpe en deux temps. Avec une mise en place pour le moins laborieuse qui nous fait craindre le pire et une suite des choses qui prend enfin son envol quand le personnage central de l’intrigue dépose ses talons hauts sur le plateau. On décerne une note de 3/5 à l’ensemble de la production tout en accordant l’étoile du match à Danièle Lorain qui se détache clairement du reste de la distribution avec son ton tout à fait juste. C’est présenté jusqu’au 2 décembre.

@menardradio

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