«Heille, Ménard, t’as combien de clics par mois?
– De quoi tu parles? De mes vieux genoux qui craquent quand je marche?
– Non, j’te parle du nombre de clics sur ta page publique. Sur tes chroniques à la radio, dans ton journal…
– Aucune idée. Ça ne m’intéresse pas pantoute.
– Tu devrais t’occuper de ça: TOUT LE MONDE chècke ça, à c’t’heure! Si tu veux connaître ta valeur, c’est la meilleure manière de le savoir.»

Ah bon? Me voici une nouvelle fois cruellement démuni devant l’argument suprême: TOUT le monde… Tu réponds quoi à ça? Que t’es pas du monde? Que le monde est à l’envers et que tu es le seul qui se tienne à l’endroit? Que ton royaume n’est pas de ce monde?

Vous aurez compris que je ne fais point partie de la clique qui marche aux clics. Ça doit être générationnel.
 Je me vois bien mal commencer à regarder le nombre de mes likes sur Facebook pour savoir si je dois me lever ou rester couché.

L’autre jour, dans La Presse, j’ai lu avec grand intérêt un dossier sur les influenceurs. Sur ces vedettes, youtubeurs et blogueurs qui profitent de leur notoriété et de leur nombre d’abonnés-
suiveurs pour monnayer leurs chaleureuses recommandations. Des stars du clic qui partagent généreusement leur goût du voyage et leur amour des manteaux Kanuk avec ou sans minou autour de la capuche. En échange de quoi ils reçoivent des tours d’avion dans le Sud, des vêtements chauds et même de beaux dollars. Suis-je agacé par ce procédé? Bien sûr.

Après avoir passé des années à vouloir s’éloigner de cette fâcheuse pratique de la plogue à qui mieux mieux, il me semble qu’on a replongé dans le bar ouvert encore plus profondément qu’avant. Et que ça aille de soi par-dessus le marché. Coudonc…

Je vais peut-être repenser à mon affaire et essayer de me joindre aux influenceurs accrédités. En tout cas, le jour où je vous parlerai en bien d’un édifice de condos de luxe au centre-ville, vous saurez à quelle adresse je loge désormais. En échange, je vais demander une unité de coin au 24e étage: j’adore les hauteurs.

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Vu: la pièce La Meute, de (et avec) Catherine-Anne Toupin. Un véritable coup de poing dans le front. Difficile d’en dire davantage, je m’en voudrais de dévoiler la moindre parcelle d’intrigue. Mais pour en faire un résumé plus que succinct, disons qu’en cette ère de turbulences, il est archi-faux de croire que les mots ne font pas mal. Guillaume Cyr et Lise Roy complètent l’excellente distribution de ce spectacle brillamment monté par Marc Beaupré. Comble de bonheur, j’apprends à l’instant qu’il y aura une reprise de cette pièce en juin prochain à La Licorne. Suggestion: emmenez donc un jeune ou une jeune avec vous. Vous comprendrez pourquoi quand vous verrez ça…

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Excusatum  «C’est l’équivalent d’un café par jour… » Dans ma chronique de la semaine dernière, j’ai malheureusement attribué cette déclaration à Benoit Dorais, président du comité exécutif de la Ville de Montréal. Or, ces mots n’étaient pas les siens. Je me suis trompé et je lui présente mes plus plates excuses.

Permettez-moi donc une reprise: devant le conseil municipal, M. Dorais a plutôt dit que la hausse de taxes récemment annoncée n’allait «assurément pas» faire mal aux contribuables. Alors, tout est maintenant clair: puisqu’il l’a dit, vous devriez vous sentir «assurément» rassurés.

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Vu: le film The Post de Steven Spielberg avec Meryl Streep et Tom Hanks. Troublant. Parce qu’il nous rappelle qu’il fut un temps où le peuple américain ne supportait pas de se faire mentir par son gouvernement. Après une année de règne du président fou du pays d’en bas qui nous twitte des faussetés à répétition, cette histoire a de quoi nous replacer le nez exactement sur le bon vecteur. Et nous rappeler que oui, la presse demeure encore notre meilleur chien de garde.

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Il vous reste moins de deux semaines pour visiter l’exposition Il était une fois… le western au Musée des Beaux-Arts. C’est superbe. Des épopées cinématographiques de John Ford aux vues de poussière de Sergio Leone, du cheval de John Wayne à la moto d’Easy Rider, un pan d’histoire et de culture fait un arrêt en ville. Pressez-vous, la diligence repart le 4 février.

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