Assise à l’aéroport de Brownsville au Texas, j’attends. Eux aussi. Ils sont quatre, habillés d’un chandail gris et d’un jean, et ont comme unique bagage un petit sac noir à la main. Arrivés aux États-Unis récemment, ces trois garçons et cette fille sont des mineurs non accompagnés. Interceptés par les agents d’immigration à la frontière mexicaine-étatsunienne, ils attendent aujourd’hui d’embarquer dans l’avion qui les réunira avec des membres de leur famille, aux quatre coins des États-Unis, dans l’attente d’une décision du gouvernement quant à leur possibilité de rester au pays. Accompagnés de deux employées du Southwest Key Program, organisme sous-traitant du gouvernement étatsunien, ils attendent en silence, leurs yeux balayant les visages inconnus qui les entourent.

Cette scène n’est pas inhabituelle, mais témoigne plutôt d’une réalité quotidienne des aéroports frontaliers. En 2017, 31400 mineurs non accompagnés ont été appréhendés à la frontière mexicaine-étatsunienne, dont 15260 uniquement dans le secteur Rio Grande Valley au Texas. Ces enfants viennent principalement du Salvador, du Honduras, du Guatemala et du Mexique. Ils migrent seuls, sans membre de leur famille ou autre adulte. C’est la peur des violences perpétrées par les groupes criminels (tel le MS-13) et les cartels de la drogue qui les pousse loin de leur famille. Pour plusieurs, aucun autre choix n’existe: ils ont reçu des menaces de mort s’ils ne rejoignent pas un gang. Pour les filles, le risque de viol et autres agressions violentes en vient à être omniprésent. Toutes et tous tentent de trouver une chose : la sécurité.

Certains de ces enfants peuvent obtenir un statut légal grâce au Special Immigrant Juvenile Status. Mais pour obtenir cette protection, ils doivent produire des preuves de négligence, d’abandon ou de violences subies aux mains de leur parent ou tuteur légal. Pour les autres, il s’agit de passer par le système habituel de demande d’asile sur la base de persécutions ou de craintes réelles pour leur sécurité.

Face à un gouvernement anti-immigration, ces mineurs non accompagnés se butent à un système bureaucratique qui tente actuellement de décourager les migrants de demander le statut de réfugié, que ce soit à la frontière en retenant de l’information ou dans les cours de justice, où l’issue des jugements est plus souvent négative que positive.

Ces quatre enfants, le plus vieux ayant tout au plus 16 ans, se trouvent aujourd’hui dans un pays où tout leur est étranger – et où la présence rassurante d’un visage connu n’existe pas. Leurs yeux bruns, remplis de résilience et d’acceptation, semblent avoir trop vécu pour leur jeune visage. Et c’est au milieu de ces regards profonds que se trouve également une étincelle de peur nous rappelant que ce ne sont que des enfants. À la recherche d’un besoin de base : la sécurité.

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