Rarement en contact avec les patients, les pathologistes analysent divers types de prélèvements afin d’émettre un diagnostic. Alors qu’une pénurie de main-d’Å“uvre est à craindre dans le domaine de la santé en général, la pathologie est la discipline où ce phénomène est le plus préoccupant.

Le Dr Louis Gaboury, président de l’Association des pathologistes du Québec, et son collègue le Dr Luc Oligny, chef du département de pathologie du CHUM, répondent aux questions de Métro.

Combien manque-t-il de pathologistes dans la province?
Dr Oligny : Il y a environ 200 pathologistes au Québec. Il en faudrait plutôt 300. On parle d’un déficit de 50 %. Au CHUM, nous sommes 12 alors que nous devrions être 24.

Pourquoi y a-t-il pénurie?
Dr Oligny : C’est un cercle vicieux. Nous manquons de pathologistes, donc nous devons en former. Or, pour ça, il faut des pathologistes, mais ils sont difficiles à recruter puisqu’il y a pénurie!
Dr Gaboury : J’ajouterai que durant la formation générale, la pathologie est abordée trop tard. Plusieurs étudiants ont déjà choisi la discipline dans laquelle ils souhaitent se spécialiser lorsqu’ils ont leur premier contact avec la pathologie. En plus, ils sont très peu à être attirés par cette discipline. Résultat : à l’Université de Mont­réal, sur une cohorte de 230 finissants de médecine, seulement 5 ou 6 ont étudié cette spécialité.

Comment cette problématique se répercute-t-elle sur votre travail?
Dr Oligny : Nous avons beaucoup de tâches à accomplir et nous devons travailler de plus en plus vite, ce qui augmente les risques d’erreurs. Cela peut avoir de graves conséquences. Imaginez craindre de faire l’ablation d’un sein en santé parce qu’un mauvais diagnostic de tumeur cancéreuse a été posé. Plusieurs vivent mal ce risque.

Y-a-t-il une solution à la pénurie?
Dr Gaboury : Il va falloir faire du recrutement en Europe, notamment en France, en Suisse et en Belgique. Nous devrons aussi promouvoir cette spécialité pour inciter les étudiants à la choisir.

La pénurie de main-d’Å“uvre dans le domaine de la santé est aggravée par l’exode des professionnels vers l’Ontario et les États-Unis. Est-ce que ce phénomène s’observe aussi chez les pathologistes?
Dr Gaboury : Oui. Récemment, nous avons même perdu un directeur de programme universitaire. Il est parti en Ontario alors que nous peinons à trouver des professeurs. De 5 à 10 pathologistes se sont exilés depuis 2005. Ça peut paraître peu, mais quand vous êtes une petite équipe et que vous êtes débordés, ces départs vous mettent dans une situation très
précaire!

Aussi dans Carrières:

blog comments powered by Disqus