Yves provencher/métro En parcourant les bureaux de la rue Saint-Urbain, dans Villeray - Saint Michel - Parc Extension, on croise, par exemple, des développeurs qui mettent au point un système Wi-Fi pour les avions d’affaires ou qui collaborent au nouveau portail d’accès client d’Hydro-Québec. À l’avant-plan: Cyrille Béraud.

«Pour le prix d’un soldat, on va te mettre une armée à disposition», affirme Cyrille Béraud, le président de Savoir-faire Linux qui a le sens de la formule. Ce Français d’origine dirige l’une des entreprises parmi les plus inspirantes de Montréal. Pour permettre au logiciel libre de percer dans le monde fermé de l’informatique d’entreprise, il n’hésite pas à jouer du coude, quitte à se faire quelques ennemis… et beaucoup d’amis.

Dans sa liste d’ennemis, on retrouve des politiciens et des directeurs d’agences gouvernementales qu’il n’hésite jamais à affronter pour que le logiciel libre prenne la place qu’il mérite dans les appels d’offres publics. Son plus haut fait d’armes : la victoire judiciaire contre la Régie des rentes du Québec et, par la bande, le gouvernement, qui avaient refusé d’organiser un appel d’offres lors du renouvellement de leurs logiciels informatiques en décembre 2007.

Ces derniers préfèrent encore offrir des millions de dollars en licences d’exploitation aux géants tels que Microsoft, Oracle ou SAP, alors que des logiciels libres gratuits sont disponibles sur le web. Il ne reste alors qu’à rémunérer des entreprises telles que Savoir-faire Linux pour paramétrer ces logiciels aux besoins des institutions et des entreprises et former le personnel. «Les logiciels libres sont beaucoup plus souples et l’on est capable de diviser les prix avec un ratio de 5 à 10 dans la plupart des cas», clame M. Béraud.

Les défenseurs des logiciels traditionnels prétendent à l’inverse que les frais liés à l’implantation des logiciels libres sont bien plus importants qu’annoncés. Ils se basent sur la complexité d’une telle opération, la formation nécessaire du personnel et le changement de culture d’entreprise que cela implique.

Selon le volubile président, «le Québec et plus particulièrement Montréal sont de vraies pépinières de développeurs et de créateurs de souches logicielles qui seront les puits de pétrole de l’économie du savoir de demain». Il cite notamment Marc-André Moreau et son FreeRDP, un logiciel de bureau à distance. Il cite aussi l’entreprise Mapgears, un leader canadien de la cartographie numérique basée à Chicoutimi. Il cite enfin Jean-Marc Valin, un des concepteurs de Speex (compression de données), un gars internationalement reconnu dans la communauté du logiciel libre, mais absolument inconnu dans sa rue.

Si l’expertise des 78 employés de Savoir-Faire Linux peine à être reconnue par les institutions publiques, ce n’est pas le cas avec le secteur privé. En parcourant les bureaux de la rue Saint-Urbain, dans Villeray – Saint Michel – Parc Extension, on croise, par exemple, des développeurs qui mettent au point un système Wi-Fi pour les avions d’affaires ou qui collaborent au nouveau portail d’accès client d’Hydro-Québec. Bell Hélicoptère, la STM et la Bourse de Montréal font aussi partie de leurs clients.

Dans cette entreprise de la nouvelle génération, on ne trouve pas de secrétaire à l’accueil. Il n’y a pas non plus de vendeurs traditionnels sur la route. «Notre expertise, on l’a fait connaitre et valoir par nos contributions gratuites sur l’internet et ce sont nos futurs clients qui nous appellent.» Pour se faire un nom, l’entreprise a ainsi notamment conçu des lignes de code pour apporter de nouvelles fonctionnalités au noyau de Linux, ou conçu le SFLPhone, une sort de Skype québécois pour les entreprises.

Mais cette feuille de route n’est pas suffisante pour les politiciens québécois qu’il faut pousser dans leurs derniers retranchements. «C’est ça le problème au Québec, le manque de leadership des pouvoirs publics. Pourtant, quand le premier employeur va dans une direction, tout le monde y va», ajoute-t-il en citant l’exemple de la France.

Là-bas, Le ministère des Finances a décidé, il y a une dizaine d’années, de migrer vers les logiciels libres. Le document de synthèse qui détaille le projet avec ses embûches et ses réussites indique que le coût net a été divisé jusqu’à 10 dans certains cas.

Bonne nouvelle toutefois, le gouvernement Marois semble à l’écoute. «Il y a un vrai changement de ton», constate M. Béraud qui note avec plaisir la création ce printemps d’un Centre gouvernemental d’expertise en logiciels libres qui compte une trentaine de conseillers. L’entreprise aura aussi bientôt de la concurrence. L’entreprise française Linagora a annoncé qu’elle ouvrirait un bureau au Québec.

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