Yves Provencher\Métro Tout en gagnant sa croûte comme serveur, David Millian a lancé un blogue sur lequel il partage ses analyses de stratège des communications et de l’information.

Une fois par mois, Métro propose, en collaboration avec le projet Alliés Montréal de la Conférence régionale des élus de Montréal (CRÉ), des portraits inspirants de Montréalais issus de l’immigration qui témoignent de leurs parcours et de leurs succès.

«La vie nous met de drôles de bâtons dans les roues», s’amuse David Millian en partageant son histoire d’immigration. Aucun, néanmoins, n’aura été à son épreuve.

«J’ai voté [cette année] pour la première fois, et j’en suis très heureux.» Au lendemain des élections fédérales d’octobre, ce Français d’origine devenu récemment Canadien affiche le sourire propre aux irréductibles optimistes.

Il débarque à Québec sur un coup de tête, motivé par un coup de cœur. «Ç’a été à la fois un très bon et un très mauvais coup. Je n’étais pas du tout préparé, mais j’ai su retomber sur mes pattes. J’ai quitté la France en deux semaines, je suis arrivé ici sans permis de travail. Aujourd’hui, j’en rigole, mais j’étais inconscient.» Il lui faudra composer avec le vide, repartir de zéro.

Dans son bagage de vie, il a cependant pour lui des expériences qui lui seront d’un grand secours. Quand l’Établissement français du sang (équivalent d’Héma-Québec), pour qui il travaillait au service des communications, le parachute à l’île de la Réunion, tout est à faire. Arrivé en pleine crise du chikungunya, il y reste trois ans et met sa débrouillardise à profit. C’est aussi là qu’il rencontre la Québécoise qui l’entraînera dans son sillage.

De retour dans la capitale française, il se forme en gestion stratégique de l’information à l’École de guerre économique. Son coup de cœur doit le rejoindre à Paris. Sauf que, quand elle se voit proposer «le poste qui ne se refuse pas», à Québec, le plan ne tient plus. C’est là que le coup de tête arrive.

C’est là aussi que la réalité frappe. «Approcher des boîtes en disant: “Je n’ai pas de papiers, mais si vous m’embauchez, on va m’en donner”, ce n’est pas magique.» Dès qu’il obtient sa résidence permanente, en 2010, il prend tous les boulots qui passent. Avec le sentiment très dur de «vivre un déclassement social. Je suis passé du gars à la carrière prometteuse à l’immigrant sans papiers. C’est dur à avaler quand tu arrives avec ta fierté française, et que personne ne t’attend.» D’autant plus rude quand on détient une maîtrise en droit public, une en communication, et une spécialisation d’une grande école.

Par entêtement, reconnaît-il, mais aussi pour les efforts consacrés à l’obtention de sa résidence permanente, il choisit de rester, malgré sa séparation et ce qui s’avère être alors un néant professionnel. Après les coups de cœur et de tête, c’est le coup de fouet. Tout en gagnant sa croûte comme serveur, il lance un blogue sur lequel il partage ses analyses de stratège des communications et de l’information. Il a saisi l’importance du réseautage depuis longtemps et sait se faire repérer. Chaque fois qu’un patron d’entreprise apprécie un de ses articles, il sollicite une rencontre. «Mais je ne savais pas me vendre. Ici, les gens évaluent ce que tu sais faire et ce que tu peux apporter, pas tes diplômes. Au début, j’avais l’air d’un lapin dans les phares d’une voiture. Tu sens que tu vas te faire frapper, mais tu ne sais pas vraiment d’où ça va venir!»

Il parvient pourtant à décrocher un contrat de consultant. Un premier qui en amène un second, etc. Aujourd’hui, responsable de la gestion d’enjeux et de stratégie numérique chez Pilote Groupe-Conseil à Montréal, il estime qu’«être là où je suis aujourd’hui est un mélange de chance et de travail. Des gens m’ont fait confiance, c’est précieux. Mais quand j’écrivais des billets de blogue après mon quart de serveur, il fallait les faire, ces efforts-là.»

C’est donc finalement à Montréal que David Millian a «posé les pierres de [sa] vie», ici qu’il se projette. Avec, en conclusion, un clin d’œil à l’échelle humaine de sa terre d’adoption. «Il n’y a pas six degrés de séparation ici, tout le monde se connaît. Tu ne peux pas te fâcher avec les gens, et ça génère un vivre- ensemble positif.»

L’émission de Radio-Canada International Tam-Tam Canada a produit une version radio de ce reportage. Réalisée par la journaliste Anne-Marie Yvon, cette émission est disponible sur le site de RCI (rcinet.ca/francais).

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