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MONTRÉAL – Pendant que de nombreux travailleurs prennent le chemin des vacances, des dizaines de milliers d’étudiants québécois saisissent l’occasion pour décrocher un travail d’été.

De juillet à août derniers, ils étaient plus de 323 000 à travailler. La majorité d’entre eux avaient été embauchés dans le domaine des services, principalement dans le secteur du commerce.

Au Québec, c’est donc plus d’un étudiant sur deux qui profite de la période estivale pour garnir son portefeuille et acquérir de l’expérience sur le marché du travail. Une proportion qui est en nette progression depuis les 20 dernières années et qui se situe parmi les plus élevées au pays.

Alors qu’en 1995, environ 45 pour cent des étudiants québécois âgés de 15 à 24 ans occupaient un emploi d’été, cette proportion a grimpé à 55 pour cent l’an dernier, selon des données compilées par l’Institut de la statistique du Québec.

Chez les étudiants âgés de 15 à 19 ans, le taux d’emploi estival s’établissait à plus de 44 pour cent en 2015, ce qui est similaire à ce qui est observé ailleurs au Canada.

Mais chez les étudiants âgés de 20 à 24 ans, ce taux bondissait à 73 pour cent, ce qui représente le taux d’emploi le plus élevé au pays, conjointement avec ceux observés au Manitoba et en Alberta.

Selon Marc-André Gauthier, analyste à l’Institut de la statistique du Québec, cette forte propension des étudiants québécois à investir le marché du travail durant l’été est imputable à la vigueur du secteur des services dans la province.

«Le secteur des services, avec notamment l’hébergement et la restauration, est un secteur économique vigoureux qui attire beaucoup de main-d’oeuvre étudiante. Les analyses ont révélé que ça pouvait jouer un rôle dans le fait qu’on observe des taux de travail plutôt élevés au Québec par rapport au reste du Canada», explique-t-il.

Ainsi, de manière générale, les jeunes de 15 à 29 ans, qu’ils soient étudiants ou non, travaillent davantage que le reste de la population active dans le secteur des services au Québec. Ils y étaient représentés à hauteur de 83 pour cent en 2012, comparativement à 78 pour cent pour l’ensemble des travailleurs.

Toujours en 2012, près du quart des jeunes qui travaillaient dans le secteur des services avaient été embauchés dans le domaine du commerce (23,2 pour cent). Plus d’un jeune sur dix travaillaient dans les domaines de l’hébergement et des services de restauration (12,6 pour cent) et des soins de santé et d’assistance sociale (11,5 pour cent).

La variable culturelle est également non négligeable pour démystifier cette propension des étudiants québécois à investir le marché du travail pendant l’été.

«Au Québec, l’emploi d’été est devenu une norme pour acquérir très tôt une autonomie financière», explique Stéphane Moulin, professeur de sociologie à l’Université de Montréal.

«C’est très valorisé, poursuit-il, y compris dans des milieux économiquement favorisés, comme une manière d’apprendre à gagner son argent, à connaître la valeur du travail et puis à bien gérer son argent.»

Qui dit étudiants dit aussi frais de scolarité et dépenses courantes, qui doivent être défrayés parfois avec l’aide des parents mais parfois seul, ce qui incite plus d’un jeune à faire circuler son curriculum vitae.

«Le revenu est en moyenne plus bas au Québec qu’ailleurs au Canada, rappelle Jean-Michel Cousineau, économiste et professeur à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal. Et si on est moins riche, il faut payer ses études et donc travailler.»

M. Cousineau mentionne également que les étudiants sont souvent bien conscients qu’ils ajoutent une corde à leur arc lorsqu’ils décrochent un emploi d’été.

«Le travail d’été, c’est clair que c’est une source d’apprentissage qui paraît bien sur le curriculum vitae», mentionne-il.

«Lorsque vous postulez pour un emploi et que vous pouvez dire que vous avez été responsables d’une piscine, par exemple, ça démontre certaines capacités que les employeurs peuvent apprécier au-delà des aspects purement académiques.»

De nombreux étudiants québécois passent d’ailleurs tout leur été à travailler sans s’accorder de vacances. Une réalité qui serait particulière au Québec. «C’est un aspect qui contraste beaucoup avec d’autres provinces ou pays», soutient M. Moulin qui ajoute qu’ailleurs, les étudiants s’accordent plus de temps pour se reposer durant l’été.

Enfin, la présence plus importante des jeunes femmes étudiantes sur le marché du travail l’été pourrait s’expliquer par leur plus grande facilité à investir le secteur des services.

Pendant que la proportion d’étudiants détenant un emploi d’été passait de 45 à 50 pour cent de 1995 à 2015, le taux de travail des étudiantes bondissait de 44 à 59 pour cent.

«C’est un phénomène qui peut être lié aux types d’emploi qui sont prédominants l’été dans le secteur du commerce, de l’hébergement, de la restauration et qui peuvent avantager les jeunes femmes plus que les jeunes hommes», analyse M. Moulin.

Tableau 1: Taux d’emploi estival chez les étudiants de 15 à 24 ans retournant aux études à l’automne (Statistique Canada, Institut de la statistique du Québec)

1981: 39,4 pour cent

1985: 44,2 pour cent

1990: 51,4 pour cent

1995: 45,1 pour cent

2000: 46,5 pour cent

2005: 49,6 pour cent

2010: 54,1 pour cent

2015: 55,0 pour cent

Tableau 2 : Taux d’emploi des étudiants à temps plein de 15 à 24 ans retournant aux études, juillet 2015, par province (Statistique Canada)

Terre-Neuve-et-Labrador: 59,8 pour cent

Île-du-Prince-Édouard: 69,9 pour cent

Nouvelle-Écosse: 59,0 pour cent

Nouveau-Brunswick: 55,2 pour cent

Québec: 61,2 pour cent

Ontario: 49,8 pour cent

Manitoba: 54,5 pour cent

Saskatchewan: 58,1 pour cent

Alberta: 55,0 pour cent

Colombie-Britannique; 48,1 pour cent

Tableau 3: Répartition de l’emploi par industrie, 15-29 ans, 2012 (Statistique Canada, Institut de la statistique du Québec)

Commerce: 23,2 pour cent

Hébergement et services de restauration: 12,6 pour cent

Soins de santé et assistance sociale: 11,5 pour cent

Fabrication: 8,7 pour cent

Services professionnels, scientifiques et techniques: 6,4 pour cent

Information, culture et loisirs: 6,2 pour cent

Construction: 6,1 pour cent

Services d’enseignement: 5,3 pour cent

Finance, assurances, immobilier et location: 4,1 pour cent

Services aux entreprises, relatifs aux bâtiments et autres services de soutien: 3,8 pour cent

Autres services: 3,8 pour cent

Administrations publiques: 3,7 pour cent

Transport et entreposage: 2,6 pour cent

Secteur primaire et services publics: 1,0 pour cent

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