Nick Ut Nick Ut / La Presse Canadienne

MONTRÉAL – La Coalition québécoise pour le contrôle du tabac veut convaincre le gouvernement du Québec de bannir la cigarette des terrasses des restaurants et des bars de la province en se basant sur les résultats d’une étude d’un chercheur américain, qui a détecté des taux de fumée secondaire alarmants dans les espaces extérieurs des établissements de Montréal.

«Nous recevions souvent des plaintes à ce sujet de la part des travailleurs et du public, et nous voyions aussi plusieurs recherches dans la littérature scientifique montrant que les taux de polluants générés par la cigarette sur les terrasses étaient problématiques et pouvaient poser un risque pour la santé», explique Flory Doucas, codirectrice et porte-parole de la Coalition.

Histoire de mettre des chiffres sur ce phénomène, l’organisme a fait appel à Ryan Kennedy, un spécialiste de la fumée secondaire dans les milieux extérieurs de l’université Johns Hopkins à Baltimore, au Maryland, afin qu’il vienne évaluer la qualité de l’air sur les terrasses montréalaises à l’aide d’un appareil mesurant les particules fines.

Selon Mme Doucas, le scientifique a découvert que les concentrations de fumée provenant des cigarettes sur les terrasses de Montréal étaient de 10 à 100 fois plus élevées que le maximum établi par l’Organisation mondiale de la santé pour une période de 24 heures, qui se situe à 25 microgrammes par mètre cube.

«Dans plusieurs cas, les concentrations étaient comparables à celles des feux de forêts ou des pires journées de smog à Los Angeles, affirme la porte-parole. Et n’oublions pas que la fumée de cigarette est cancérigène et qu’il n’y a donc aucun seuil considéré comme étant sécuritaire. L’exposition devrait être à zéro.»

Pour la Coalition, cette situation est dangereuse non seulement pour les clients, mais aussi pour les nombreux employés de l’industrie de la restauration qui passent de longues heures sur des terrasses enfumées.

«Depuis 2006, les personnes qui travaillent dans des immeubles ou à l’intérieur des restaurants et des bars sont protégées, mais la loi ne confère pas la même protection à celles qui travaillent sur des terrasses extérieures et qui sont exposées à une substance cancérigène, fait valoir Flory Doucas. Le gouvernement a l’obligation d’intervenir.»

Aux restaurateurs et propriétaires de bars qui s’inquiètent de voir leurs profits fondre comme neige au soleil si la cigarette est bannie des terrasses, Mme Doucas répond qu’ils n’ont rien à craindre.

«Plusieurs commerçants de cette industrie avaient exprimé les mêmes préoccupations il y a sept ans, lorsque le tabac a été interdit à l’intérieur des établissements, et la catastrophe ne s’est jamais produite, soutient-elle. Les fumeurs n’auront pas à s’abstenir de fréquenter les restos et les bars, ils devront tout simplement fumer un peu plus loin.»

Peter Sergakis, le président de l’Union des tenanciers de bars du Québec, s’est toutefois dit sceptique par rapport à l’étude, et prévoit mener ses propres tests.

«Ça n’a pas de sens», a dit l’homme, qui possède plusieurs bars de la métropole. «Tout le monde installe des terrasses pour que nos clients puissent sortir et fumer à l’extérieur. Et maintenant, ils nous disent qu’on ne peut plus y fumer. Qu’est-ce qui arrivera ensuite; on ne pourra plus fumer sur le trottoir?»

Plusieurs provinces canadiennes ont déjà interdit la cigarette sur les terrasses, dont Terre-Neuve-et-Labrador, la Nouvelle-Écosse et l’Alberta. Le Yukon a également adopté une mesure similaire, de même que plusieurs municipalités à travers le pays.

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