Jacques Boissinot/La Presse canadienne Réjean Hébert, ministre de la Santé

QUÉBEC – Le ministre de la Santé, Réjean Hébert, rejette les prétentions des pharmaciens, convaincu qu’il n’y a pas de raison de croire que les usagers devront bientôt payer de leur poche pour consulter un pharmacien.

À compter du 3 septembre, les pharmaciens pourront accomplir certains actes jusqu’ici réservés aux médecins, comme de prescrire des médicaments ou d’ajuster une ordonnance, et veulent être rémunérés en conséquence pour cet ajout à leur description de tâches.

Un marathon de négociations a été entrepris lundi entre Québec et l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) pour fixer les honoraires admissibles.

Le ministre Hébert, qui la veille refusait de négocier sur la place publique, multipliait les entrevues mercredi pour dénoncer la «démagogie» dont font preuve, selon lui, les pharmaciens, en laissant entendre que les usagers détenteurs d’une assurance-médicaments privée vont devoir payer eux-mêmes les honoraires des pharmaciens, faute d’entente avec Québec.

Aussi, les pharmaciens disaient craindre une privatisation du système de santé et une brèche au principe de la gratuité des soins, un refrain aussitôt repris mercredi par le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, qui reproche au gouvernement de ne pas avoir bien planifié la structure de financement devant accompagner les nouveaux pouvoirs dévolus aux pharmaciens.

Le ministre Hébert fait valoir que les honoraires des pharmaciens seront inclus dans la facture du médicament.

«Je ne pense pas que les usagers auront à payer les honoraires de façon séparée», a soutenu le ministre en entrevue téléphonique, en ajoutant que les négociations allaient bon train.

Il soutient que dans son esprit il a toujours été clair que Québec négociait sur la base des ajustements à apporter uniquement pour les consultations des usagers couverts par le régime public d’assurance-médicaments, soit 40 pour cent des Québécois.

«Pour nous, il n’a jamais été question d’étendre cette négociation-là au secteur privé», assure le ministre qui refuse de donner les estimations sur les coûts globaux des changements annoncés pour les contribuables.

Pour les 60 pour cent de Québécois détenteurs d’une assurance-médicaments privée, il n’a jamais été question de s’immiscer dans la «relation d’affaires» entre pharmaciens et assureurs, dit-il.

Le ministre dit aussi qu’il se montrera vigilant devant la perspective que certains pharmaciens puissent vouloir se laisser tenter par la double facturation, en incluant leurs honoraires dans la facture du médicament, tout en faisant payer l’usager directement pour la consultation.

Ce serait là un système de «double facturation qui serait inquiétante» et il veut s’assurer que les patients ne payeront pas deux fois le même service.

Les nouveaux pouvoirs octroyés aux pharmaciens sont inclus dans la loi 41 votée par l’ancien gouvernement libéral en 2011.

M. Hébert affirme que la façon de procéder du gouvernement actuel pour financer la mesure est conforme à celle prévue par l’ancien gouvernement.

Mais le chef libéral Philippe Couillard a une lecture différente des faits et reproche au gouvernement Marois de ne pas avoir planifié comment il allait assumer les honoraires supplémentaires demandés par les pharmaciens à compter du 3 septembre.

Il tient pour acquis que les usagers vont devoir payer eux-mêmes pour le nouveau service fourni en pharmacie.

«Ce que je regrette, c’est que c’est un autre prélèvement dans la poche des Québécois, alors qu’il y aurait d’autres moyens de régler cette question-là», a-t-il dit, mercredi, en point de presse.

«C’est une forme de privatisation du système de santé à laquelle on assiste aujourd’hui», a déploré M. Couillard, jugeant que le gouvernement Marois était en train de «créer deux catégories de patients», ceux du régime public et ceux ayant une assurance privée.

Il juge qu’il «aurait été beaucoup plus simple de confier ça à la Régie de l’assurance-maladie» et d’assurer une couverture universelle, comme dans une clinique médicale.

Les pharmaciens vont exiger des honoraires allant de 12,50 $ à 30 $ pour chaque consultation effectuée en vertu des nouveaux pouvoirs qui leur ont été dévolus dans la loi 41.

L’objectif de la loi 41, adoptée à l’unanimité en 2011, consistait à désengorger les cliniques médicales et les salles d’urgence des hôpitaux, en permettant aux pharmaciens de régler des problèmes de santé mineurs (une prescription pour des feux sauvages, allergies saisonnières, infections urinaires, par exemple, ou le renouvellement de prescription d’anovulants), lorsque le patient a déjà obtenu un diagnostic dans le passé. Les pharmaciens ne pourront jamais poser un diagnostic.

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