Graham Hughes Graham Hughes / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Le matin du 21 novembre 2015, tout baignait dans l’huile pour le Canadien de Montréal. Quelques heures plus tôt, grâce à la contribution de plusieurs joueurs de soutien, il venait de battre les Islanders, à New York, pour inscrire une 15e victoire en 21 matchs.

Après des récoltes de 100 et 110 points à ses deux saisons précédentes, le Tricolore était destiné à franchir une nouvelle fois le cap des 100 points. Et de la façon dont jouait Carey Price depuis maintenant plus d’une saison, les plus grands espoirs étaient permis.

Mais le lendemain face à ces mêmes Islanders, Brendan Gallagher s’est blessé à deux doigts de la main gauche. Trois jours plus tard, c’était au tour de Price de tomber au combat, blessé au genou droit — une information dévoilée seulement le 6 avril.

Le premier a repris le collier le 1er janvier. Quant au second, son retour au jeu a été reporté à plusieurs reprises.

Les délais se sont additionnés au point où l’équipe a manqué de temps. Les défaites se sont accumulées aussi. Du coup, le Canadien a connu sa pire léthargie en quelque 75 ans et a raté les séries éliminatoires pour la deuxième fois en cinq saisons. Le Tricolore a surtout étalé d’évidentes lacunes à l’attaque, en avantage numérique et en matière de leadership.

Mais l’arrivée de sang nouveau et un autre départ-canon, surtout à domicile, laissent croire que Marc Bergevin et Michel Therrien ont réussi à redresser la barre.

Des additions bénéfiques

La quatrième année de Marc Bergevin à la direction générale du Canadien aura été la plus éprouvante, au point de semer des doutes sur sa capacité de poser ne serait-ce qu’un seul geste majeur de peur de modifier le noyau de son équipe.

Ces doutes ont disparu le 29 juin lorsque Bergevin a échangé P.K. Subban, le chouchou du public montréalais, en retour de Shea Weber.

Même si ce dernier est reconnu pour sa robustesse et, surtout, ce fameux leadership qui a tant semblé faire défaut, la transaction a suscité la colère de nombreux partisans de l’équipe. Elle a aussi secoué la planète hockey, peu habituée à des échanges d’une telle envergure.

Weber a fait sentir sa présence à la ligne bleue et dans le vestiaire. Et même s’il obtient près de la moitié de ses points en avantage numérique, Weber se classait parmi les meilleurs défenseurs de la LNH avec un ratio défensif de plus-18 alors que Subban, à moins-11, occupait le 750e échelon dans la LNH au congé de Noël.

Bien qu’il ait sacrifié ses deux choix de deuxième ronde en 2016, Bergevin semble aussi avoir visé juste en faisant l’acquisition d’Andrew Shaw des Blackhawks, qui a ajouté de la hargne et du leadership pour bien seconder Brendan Gallagher à ce chapitre.

L’attaquant russe Alexander Radulov a aussi apporté une contribution inespérée tandis que le retour de Kirk Muller à titre d’entraîneur-associé a porté fruit au chapitre de l’avantage numérique. Celui-ci se classait parmi le top-15 grâce à un pourcentage de réussite d’environ 19 pour cent, comparativement à 16 pour cent la saison précédente.

Une éclosion confirmée

Depuis le temps que le Canadien cherche un centre no 1, il a commencé à le découvrir lors du dernier quart de 2015-2016. À ses 22 derniers matchs, Alex Galchenyuk a totalisé 16 buts et six passes, une production qui lui a permis de connaître sa première saison de 30 buts et d’établir un sommet personnel en carrière avec 56 points.

Peut-être motivé par le fait qu’il n’a pas été sélectionné au sein de l’équipe des moins de 24 ans à la Coupe du monde de hockey, ou encore par le fait que certains observateurs soutenaient qu’il avait produit dans un contexte où le Canadien n’avait plus d’enjeu en fin de saison dernière, Galchenyuk a repris, en octobre, là où il avait laissé en avril.

Avant qu’il ne subisse une blessure au genou droit à Los Angeles, le 4 décembre, Galchenyuk dominait la colonne des marqueurs du Canadien avec 23 points, dont 14 mentions d’aide en 25 rencontres.

Ce n’est pas la première fois que Galchenyuk est confronté à un tel obstacle, lui qui n’avait participé qu’à huit matchs avec le Sting de Sarnia en 2011-2012 à cause d’une autre blessure à un genou. Il faudra attendre vers la fin janvier ou au début février pour voir comment le jeune attaquant du Canadien se relèvera de ce moment d’adversité.

Le retour du sauveur

Il est rare que le nom d’un gardien de but surgisse au sommet d’une liste des joueurs les plus dominants dans la Ligue nationale de hockey. Mais pourrait-on être vraiment en désaccord si ce titre était accordé à Carey Price?

Depuis la saison 2014-2015, lorsqu’il a mérité quatre trophées individuels, Price a compilé des statistiques impressionnantes et contribué à la quête d’honneurs collectifs qui font de lui non seulement le meilleur gardien au monde, mais aussi l’un des grands dans l’histoire de son sport.

En 103 matchs depuis cette période, Price a signé 72 victoires, affiché une moyenne de buts alloués de 1,96, un taux d’arrêts de ,934 et inscrit 13 blanchissages.

Et si l’on remonte jusqu’en février 2014, il a aidé le Canada à remporter la médaille d’or aux Jeux olympiques de Sotchi (5-0-0 – 0,59 – ,971 – 2 blanchissages) et la Coupe du monde de hockey (5-0-0 – 1,40 – ,957 – 1 blanchissage).

Son absence, après sa blessure contre les Rangers de New York le 25 novembre, a confirmé que le Canadien ne pouvait se passer de lui pendant de longues périodes de temps. Pendant sa convalescence, le Tricolore a affiché un dossier de 21-34-4 (,390) et accordé environ trois buts par match, soit un de plus que lors des 23 premières rencontres du calendrier.

Tout ce qui manque à son palmarès, c’est une certaine coupe décernée annuellement au milieu du mois de juin…

La troïka russe

Si Carey Price demeure indispensable chez le Canadien, d’autres joueurs ont contribué aux récents succès de l’équipe, et ce ne sont pas nécessairement ceux que l’on attendait.

Alors que le capitaine Max Pacioretty, l’ailier droit Brendan Gallagher et le centre Tomas Plekanec ont connu des débuts en deça des attentes, trois patineurs russes se sont mis en évidence pendant les trois premiers mois de la saison 2016-2017.

La révélation aura été Alexander Radulov. Traînant une réputation peu enviable après deux séjours troublés avec les Predators de Nashville, Radulov s’est rapidement créé un fan club au Centre Bell grâce à ses habiletés naturelles, mais aussi sa passion, son intensité, son acharnement et ses qualités de passeur.

Pendant que Radulov donne l’impression de vouloir passer plusieurs autres saisons à Montréal, un vétéran de l’équipe ne semble nullement prêt à s’effacer. À 38 ans, Andrei Markov joue mieux que jamais.

Même si son temps de glace a légèrement diminué, Markov demeure un élément vital de l’avantage numérique du Canadien par la qualité de ses passes.

Un autre défenseur, Alexei Emelin, complète cette troïka russe. Alors qu’un peu tout le monde s’attendait à voir le jeune Nathan Beaulieu évoluer à la gauche de Shea Weber — une expérience qui a été tentée et abandonnée après seulement cinq matchs — ce rôle a finalement été confié à Emelin et celui-ci démontre un niveau de jeu insoupçonné.

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