SAINT-PÉTERSBOURG, Russie — Devant le risque d’une éventuelle exclusion des Jeux olympiques d’hiver, la scène sportive russe s’est transformée en véritable panier de crabes.

Les enquêtes sur le dopage n’ont pas encouragé les athlètes russes à parler des abus. Au lieu de cela, il y a une chasse aux dénonciateurs, ou «traîtres à la patrie», comme les qualifie la présidente de la fédération de ski de fond, Yelena Valbe.

Pendant ce temps, le président russe Vladimir Poutine a prétendu que le Comité international olympique — qui rendra une décision finale sur l’admissibilité de la Russie — est manipulé par d’obscurs intérêts américains désireux d’utiliser des scandales de dopage pour déshonorer son gouvernement avant les élections de mars.

Avant la décision du CIO, les dirigeants russes sont conviés pendant deux jours à des réunions de l’Agence mondiale antidopage (AMA) cette semaine, ce qui aidera à déterminer l’avenir olympique de la Russie.

Officiellement, le sujet sur la table est le statut de l’agence russe antidopage, pas la participation olympique.

L’AMA a rétabli la plupart des principaux pouvoirs de l’agence russe en juin et décidera cette semaine si elle doit la réintégrer pleinement. Le point de désaccord ne concerne pas la performance de l’agence, mais la réticence du gouvernement russe et des organisations sportives à accepter toute responsabilité pour ce que l’AMA considère comme un vaste programme de dopage et de dissimulation, notamment aux Jeux olympiques de 2014 à Sotchi.

Comme le gouvernement finance la RUSADA et que les instances sportives sont représentées à son conseil d’administration, elles doivent convaincre l’AMA qu’elles sont dignes de confiance.

L’AMA aborde son sommet en position de force après avoir révélé vendredi qu’elle a maintenant ce qu’elle croit être la base de données des résultats des tests du laboratoire antidopage de Moscou de 2012-15, période où le prétendu système de dissimulation était à son plus fort. Cela pourrait confirmer les révélations antérieures des dénonciations ou mener à encore plus de cas contre des athlètes.

Les deux principales demandes de l’AMA sont que la Russie accepte les conclusions du rapport de son enquêteur, Richard McLaren, l’année dernière et qu’elle libère un lot d’échantillons d’urine saisis au laboratoire de Moscou.

La Russie a refusé de le faire.

«Il est impossible d’être d’accord avec (le rapport), car le rapport contient beaucoup de contradictions», a déclaré le ministre des Sports, Pavel Kolobkov, ajoutant qu’il serait «difficile pour nous» de convaincre l’AMA de réintégrer l’agence russe.

Accepter les conclusions de McLaren signifierait l’abandon de la ligne du Kremlin, qui a déclaré régulièrement et avec véhémence que le gouvernement russe n’a jamais eu aucune implication dans le dopage.

L’enquête de McLaren a allégué que plusieurs fonctionnaires du ministère des Sports ont supervisé une dissimulation des cas de dopage, opposant un veto aux sanctions pour les athlètes vedettes «protégés». La plupart des fonctionnaires du ministère cités dans le rapport McLaren ont démissionné ou ont été limogés l’an dernier, mais le ministre des Sports Vitaly Mutko a été promu vice-premier ministre et continue de superviser les préparatifs pour la Coupe du monde de soccer en Russie.

Les relations de la Russie avec le CIO se sont détériorées à la suite de l’exclusion d’athlètes russes pour des infractions de dopage aux Jeux olympiques de Sotchi. Six ont été sanctionnés jusqu’à présent, y compris deux médaillés, et les verdicts sont attendus dans quelques jours pour plusieurs autres.

Pourtant, le président du CIO, Thomas Bach, soutient depuis longtemps la Russie et a déclaré ce mois-ci qu’il était «inacceptable» d’exiger une exclusion totale de la Russie «avant la procédure régulière».

L’année dernière, la Russie a critiqué l’AMA, mais elle était restée en bons termes avec le CIO, qui a exclu une exclusion des Jeux olympiques de Rio de Janeiro et a confié la décision aux fédérations sportives individuelles. Seuls l’athlétisme et l’haltérophilie ont imposé des sanctions à l’échelle de l’équipe. Cette année, le ton de la Russie envers le CIO est moins chaleureux.

«Venez dans mon pays et essayez de me prendre (mes médailles)», a déclaré le bobeur russe et député fédéral Alexei Voevoda, dans un entretien avec le président du comité disciplinaire du CIO, Denis Oswald.

Des lanceurs d’alerte ont quitté la Russie en invoquant leur sécurité personnelle, mais seulement après s’être manifestés. Les sanctions du CIO ont déclenché une chasse aux sorcières dans les sports d’hiver russes. Un skieur de fond et un entraîneur de biathlon ont dû faire des déclarations niant avoir travaillé avec l’AMA après avoir été dénoncés par d’anciens collègues.

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