Collaboration spéciale Cette photo de Vanessa Lajeunesse devant le Tower Bridge a bel et bien été prise la semaine dernière. Depuis le début de l’été, les Londoniens doivent composer avec un temps de chien.

Londres s’apprête à accueillir le monde entier. À quelques jours des Jeux olympiques, Métro a demandé à six jeunes Londoniens de nous parler de leur ville.

Pendant les Jeux, David Leonard enfourchera son vélo, comme il le fait déjà depuis quelque temps. «Le pire aspect des Olympiques est sans doute le flux supplémentaire que devra absorber notre réseau de transport en commun déjà bien sollicité», affirme le Londonien de 33 ans. Plusieurs de ses concitoyens l’imiteront, question de ménager le Tube, vieux de plus de 100 ans.

De son côté, Vanessa Lajeunesse marchera pour se rendre au travail. «Ça me prendra le triple du temps habituel, mais ça sera peut-être plus rapide que le transport en commun. Et je ne serai pas coincée comme une sardine», affirme la Québécoise de 28 ans qui habite la capitale britannique depuis deux ans.

Le transport est l’une des grandes inquiétudes des Londoniens à la veille des Jeux. Malgré les améliorations apportées au réseau, les doutes persistent chez ceux qui sont déjà victimes de pannes fréquentes en temps normal.

«L’arrivée des Jeux génère plus d’anxiété que d’excitation jusqu’à présent à cause des problèmes de transport, de congestion et de sécurité, note un autre Québécois, Jean-Michel Dentand, établi à Londres depuis maintenant 15 ans. J’imagine que ça va changer quand les Jeux débuteront. Le cynisme cédera peut-être la place!» poursuit-il.

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Steven Nicholson a quitté Londres il y a trois ans.

Incapable de se trouver du boulot à cause de la crise, le designer graphique de 27 ans est parti à Amsterdam, puis à Prague. Il s’ennuie toutefois de l’énergie de sa ville et, nostalgique, il y revient souvent. «J’ai remarqué un changement depuis quelque temps. Une sorte d’optimisme que les Londoniens ont retrouvé», indique le jeune homme qui assistera à quelques compétitions.

Un sentiment renforcé par les Jeux, le mariage royal et le jubilé de la reine. «Il y a des Union Jack partout. Les gens sont fiers d’être Britanniques», note David Leonard. Nos cousins anglais ont été durement touchés par la crise économique. Il y a eu aussi le scandale de la presse britannique, et l’attentat dans le métro de Londres, perpétré en 2005, deux jours seulement après l’attribution des Jeux à Londres, est encore frais dans la mémoire des gens.

«Les Londoniens croient que les Jeux auront un impact très positif, souligne David Leonard. Mais je ne suis pas certain que ce sentiment soit partagé dans le reste du pays, où les retombées sont difficilement tangibles.»

Les élèves de langue de Vincent F. Remy Omilli, un Français débarqué chez les Anglais il y a sept ans, sont aussi optimistes. Quand le professeur installé à Reading, en banlieue de Londres, leur a demandé comment ils voyaient les Jeux, ils ont répondu que l’événement allait «redorer le blason d’une nation pas trop populaire aux yeux du reste du monde».

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L’East End de Londres, où se trouve le Parc olympique, a subi un lifting complet au cours des dernières années. À son arrivée à Londres, Jean-Michel Dentand vivait non loin de là. Il est aujourd’hui passé à l’ouest. «L’East End s’est radicalement transformé, précise-t-il. De bidonville au début du siècle dernier, il est devenu l’endroit cool pour sortir et où habiter.»

David Leonard habite dans Stoke Newington, près du Parc olympique. «Il y a 10 ans, ici, on pouvait avoir une maison de 3 chambres pour 200 000 £ (316 000 $), raconte-t-il. Aujourd’hui, impossible de trouver quelque chose en bas de 800 000 £ (1,26 M$).»

Depuis 2005, le paysage de la ville s’est modifié. Le dernier gratte-ciel, le spectaculaire Shard, a été inauguré au début du mois sur la rive droite de la Tamise. Mais déjà une nouvelle construction fait jaser les Londoniens : l’immense centre commercial du Parc olympique. «Je ne me suis pas rendu compte de nombreux changements en ville, mis à part la construction du centre commercial Westfield Stratford», confirme Léa Tharin, une étudiante française en marchandisage de la mode qui a traversé la Manche il y a deux ans.

Léa, 20 ans, craint que la ville ne devienne très bruyante et chère pendant les Jeux. «J’espère que ça changera après.» Vincent F. Remy Omilli redoute les conséquences économiques de l’après-Jeux. Les commerces dopés par la fièvre olympique devront-ils fermer leurs portes? La hausse des prix observée se poursuivra-t-elle?

Vanessa Lajeunesse quittera Londres après les Jeux paralympiques. «Il sera difficile pour moi de voir l’impact que les Jeux auront sur la ville. Mais de façon générale, ils ont rarement un impact positif.»

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Une dernière chose inquiète : la météo. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les Londoniens n’ont pas été choyés depuis le début de l’été. «Je ne me souviens pas d’avoir connu un été aussi merdique», avance David Leonard.

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Argent: des jeux rentables?
Si les organisateurs et les politiciens mettent encore de l’avant les retombées économiques, médiatiques et touristiques pour mousser la candidature d’une ville, ces données sont difficilement mesurables, explique Romain Roult, chercheur du Groupe de recherche sur les espaces festifs de l’UQAM. «Les bénéfices vont tomber dans les poches d’une élite économique et non dans celles des citoyens», avance-t-il. Le professeur indique toutefois que Londres a eu le souci de créer un événement à échelle humaine. Le stade, ainsi, pourra passer de 80 000 à 25 000 sièges après les Jeux. Il souligne aussi que les Olympiques permettent de mettre en place en 7 ans des aménagements qui en pren­nent habituellement 20 ou 30.

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Ralentissement de service?
Métro s’est entretenu avec Ahmed M. El-Geneidy, de l’école d’urbanisme de l’Université McGill.

Comment les Jeux vont affecter le système de transport en commun de Londres, qui est déjà très sollicité?

Le réseau peut être dramatiquement affecté si aucun plan n’est établi, ce qui n’est bien sûr pas le cas à Londres. Modifier les horaires des travailleurs est une solution pour alléger l’achalandage. Le télétravail sera aussi le bienvenu. Les Londoniens devront aussi marcher et prendre le vélo pour faciliter les choses. Des pannes de métro pourraient survenir, puisque le système est vieux. Mais je ne crois pas qu’il y aura de problèmes puisque le comité y travaille depuis un bon moment.

Comment un événement comme les Jeux peut-il bonifier le réseau londonien?
Les Olympiques sont un bon moyen de moderniser un réseau. Ce sont des investissements dont une ville bénéficie au cours des 30 ou 40 années qui suivent. C’est ce qui est arrivé à Montréal avec l’Expo et les Jeux. Le retour sur investissement est généralement bon.

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