Pourra-t-on bientôt se déplacer à Montréal avec des routes et un métro qui ne tombent pas en ruine? Lors d’un débat sur l’avenir du transport dans le Grand Montréal – où le gouvernement sortant était absent – les candidats se sont tous rangés derrière la nécessité d’augmenter le financement pour l’entretien et le remplacement des infrastructures existantes.
Le débat, organisé par le Conseil régional de l’environnement de Montréal (CRE Montréal), réunissait des candidats bien connus du Parti québécois (Philippe Schnobb), du Parti libéral du Québec (Monsef Derajji) et de Québec solidaire (Alexandre Boulerice). Tous se sont entendus sur un point: les infrastructures métropolitaines ont besoin d’investissements massifs.
«La décrépitude est devenue la norme. Les routes en déroute sont devenues la norme. Je trouve ça inacceptable», a lancé M. Derraji.
Depuis l’élection de la Coalition Avenir Québec en 2018, les besoins en entretien des infrastructures n’ont cessé d’augmenter. Selon un rapport de l’Alliance Transit dévoilé en mai, non seulement le déficit de maintien des actifs n’a cessé de croître, mais la proportion des besoins d’investissements qui sont effectivement financés dans le Plan québécois des infrastructures ne cesse de diminuer.
réseau routier supérieur et du transport collectif
Selon Philippe Schnobb, anciennement président du conseil d’administration de la Société de transport de Montréal (STM), à elle seule la STM a besoin de 7 G$ en investissements pour ses infrastructures. Et cela alors que la rue Notre-Dame nécessite une refonte majeure depuis de nombreuses années.
«Le problème avec la rue Notre-Dame, c’est que ça ne peut pas s’effondrer», ironise-t-il.
QS et les nouvelles infrastructures de transport
Les discussions sur l’entretien des actifs ont rapidement versé vers une critique des propositions de Québec solidaire. Alexandre Boulerice a dû défendre le plan de son parti en transport, qui prévoit des investissements de 23 G$ sur 10 ans. Cette somme comprend à la fois l’entretien et l’ajout de nouvelles infrastructures.
Certaines des propositions de transport les plus imposantes font partie des promesses de QS, comme le tramway de Gatineau, le «projet structurant de l’Est» – qu’il s’agisse d’un tramway ou d’un REM – et le prolongement de la branche ouest de la ligne orange du métro vers Laval.
«J’ai fait quelques aditions», a ironisé Philippe Schnobb. «Le projet structurant de l’Est, c’est environ 18 G$. La ligne orange, c’est 17 G$. Le remplacement des trains MR-73, un autre 10 G$. Qui vous a promis de faire ça pour 23 G$, parce qu’on va l’engager!»
Même son de cloche du côté de Monsef Derraji du PLQ.
«Notre cadre financier s’en vient», a répliqué M. Boulerice. «Mais Québec solidaire a une capacité que les autres formations politiques n’ont pas, c’est celle d’aller chercher l’argent là où il se trouve. Notamment, on est le seul parti qui veut taxer les grandes fortunes.»
Le PQ et le TGV
Philippe Schnobb ne s’est pas tiré indemne des échanges non plus. La promesse du PQ de se retirer du projet de train à grande vitesse (TGV) entre Québec et Toronto avec pleine compensation financière a soulevé l’ire de M. Boulerice.
«Pour une raison qui m’échappe, le PQ est contre le projet de TGV. […] Mais si le Québec n’embarque pas dans le TGV, il n’y a pas de projet. Alors comment voulez-vous obtenir une compensation financière pour un projet qui n’existe pas?»
Le futur TGV est un projet entièrement financé par le fédéral. Le PQ souhaite retirer le Québec et réclamer, en lieu et place, que le fédéral lui verse les quelque 40 G$ qui représentent sa part du financement du projet. Une proposition qui a fait sourciller bien des observateurs, puisque le fédéral n’a aucune obligation d’agir ainsi.
M. Schnobb a répliqué que si c’est argent est disponible, il devrait être investi pour l’entretien des infrastructures plutôt que pour un nouveau projet.
La CAQ et le PCQ absents
Deux des cinq principaux partis étaient absents du débat, soit la Coalition Avenir Québec (CAQ) et le Parti conservateur du Québec (PCQ). Si l’absence du PCQ n’a surpris personne – le parti n’a aucune chance réaliste de remporter un siège à Montréal et concentre ses efforts à Québec – celle de la CAQ a été décriée par l’ensemble des participants.
«Je pense que ça en dit long sur le traitement qu’ils ont offert à Montréal dans les dernières années, ainsi qu’à la région métropolitaine», a lancé Alexandre Boulerice.
Le bilan de la CAQ a d’ailleurs largement été dénoncé, notamment en ce qui concerne le déficit d’entretien des infrastructures.
Promesses en rafale
- Le Parti libéral veut augmenter les investissements dans les infrastructures des municipalités, notamment le métro de Montréal. La part des infrastructures municipales dans le PQI passerait de 4,4% à 8%.
- Le Parti québécois veut miser sur le transport en commun pour réduire la congestion lors de chantiers routiers majeurs.
- Québec solidaire veut que toutes les nouvelles stations de métro soient universellement accessibles.
- Québec solidaire veut aussi sécuriser davantage les corridors scolaires et ajouter des îlots pour piétons au milieu des intersections larges.
- Le Parti québécois veut ajouter 38 000 bornes de recharge électriques sur le territoire montréalais.
- Le Parti libéral veut abaisser le taux d’alcool permis au volant à 0.05 plutôt que 0.08.
Visionnez l’intégralité du débat organisé par le CRE Montréal:
