Montréal

Taxation du carbone: l’efficacité des politiques remise en question

Une colonne de fumée sort d'une cheminée d'usine

L’Institut économique de Montréal (IEDM) a lancé jeudi matin une publication à propos de la taxation du carbone, déclarant que les politiques visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) ne sont pas efficientes, invitant par le fait même le fédéral et les provinces à revoir leurs politiques. Or, cette école de pensée ne fait pas consensus auprès des experts.

Dans sa note économique, le chercheur économiste senior à l’IEDM, Germain Belzile, rapporte le point de vue partagé par plusieurs économistes qui évaluent qu’imposer un prix sur les émissions d’un polluant est la façon «la plus efficiente» de les réduire.

Il estime que les politiques des gouvernements fédéral et provinciaux pour réduire les émissions de GES, comme la taxation des émissions, la réglementation, ou bien les différentes subventions, ne sont pas efficaces.

Cependant, selon le directeur général Québec & Atlantique de la Fondation David Suzuki, Karel Mayrand, il faut prendre cette publication «avec un grain de sel».

«Essentiellement, je pense que l’IEDM vient valider que la tarification est la meilleure approche possible, tout en mettant le plus d’obstacles possible pour dire qu’il faut la retirer. C’est un peu étrange», estime-t-il.

À ses yeux, cette approche ne prend pas en compte «la complexité de notre monde», un avis que partage le chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), Bertrand Schepper.

«Je comprends son point de vue, mais la publication se place devant la théorie économiste pure et simple, sans réfléchir aux autres points de vue», considère-t-il.

Conditions
La publication note que la taxation devrait remplacer les autres politiques qui visent le même objectif, dont la réglementation des émissions et les subventions aux énergies vertes, que la taxe devrait tenir compte de l’existence ou non d’une politique similaire chez les voisins et concurrents, et que la politique devrait être fiscalement neutre.

«Cette dernière condition est déjà remplie par la taxe canadienne. C’est déjà le cas», pointe M. Mayrand.

Concernant l’existence ou non d’une politique similaire chez les voisins, Bertrand Schepper se dit tout de même d’accord avec la publication de l’IEDM sur un point: idéalement, il faudrait une manière similaire d’agir au provincial, au fédéral, et même en Amérique du Nord.

«Ce n’est pas simple, on le voit au Canada. Ça serait encore plus compliqué pour toute l’Amérique du Nord. Éventuellement, je pense que les normes vont être les mêmes, mais pour l’instant, le problème est relativement nouveau pour les économistes et les politiques», exprime-t-il.

Justement, les problèmes environnementaux sont «assez récents» et les besoins sont plus grands, car selon M. Schepper «on ne s’en est pas soucié dans le passé».

C’est pourquoi le chercheur estime que ces problèmes nécessitent une manière différente d’être abordés.

«À mon sens, c’est absurde de penser que la manière de gérer de nouveaux problèmes est en restant systématiquement neutre. Ces problèmes ont été créés parce qu’en société, on a diminué le rôle de l’État», mentionne-t-il.

Dans la publication, trois conditions devraient être remplies afin qu’une politique visant à réduire les émissions soit efficace, sans «nuire à la prospérité», mais comme elles ne le sont pas, les gouvernements devraient revoir leurs politiques, selon l’IEDM.

Or, selon Karel Mayrand, le fait de «retourner à la planche à dessin», comme le réclame Germain Belzile, ne tient pas la route.

«On défait tout ce qu’on a fait au Québec, en Colombie-Britannique, et avec la taxe fédérale, et on passe un autre 10 ans à virer en rond? Pendant ce temps-là, on ne fait rien et on passe à côté d’un enjeu très, très important», déplore-t-il.

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