Une commerçante de la rue Atateken plie bagage afin de s’installer sur une artère qui n’est pas réaménagée pour accommoder une piste cyclable. Du moins pour l’instant, puisque la nouvelle administration n’a pas précisé ses intentions pour la piste prévue sur la rue Hochelaga.
Pascale Turgeon, propriétaire de l’entreprise Les Décorations de Montréal, ne cache pas son mécontentement depuis l’installation de la piste cyclable sur la rue Atateken. Cette piste remplace celle de la rue Berri, fermée depuis le 26 janvier.
Mme Turgeon vend de la peinture et d’autres matériaux de décoration. Pas exactement le genre de fourniture qu’on se procure généralement à vélo.
Les quelques modifications apportées par la nouvelle administration ne la convainquent pas. Une trentaine d’espaces de stationnement ont été remis sur la rue, en plus de zones débarcadères pour les courts arrêts et les livraisons.
«Ils font une zone de livraison de l’autre côté pour l’Olympia, parce qu’eux, ils génèrent des retombées de 200 000$ à chaque spectacle. Nous, on est des petits commerces glinglins remplaçables!», peste-t-elle.
En décembre, l’Olympia avait sonné l’arme disant que la piste cyclable menaçait carrément l’existence de l’institution. En janvier, le propriétaire affirmait au Journal de Montréal que les assouplissements de l’arrondissement Ville-Marie assureront sa survie. Il ajoutait toutefois que la situation était plus sombre pour les petits commerçants.
La compensation financière de 5000$ qu’elle pourrait toucher ne suffisent pas, dit-elle. Ni les montants versés à la Société de développement commercial du Village pour lancer des mesures de mitigation.
«Je perds entre 5000$ et 10 000$ par semaine!», souligne Mme Turgeon.
Hochelaga: une piste, ou pas?
Mme Turgeon a plutôt décidé de déménager sur la rue Hochelaga. Cette rue devait aussi recevoir deux bandes cyclables de chaque côté, selon les plans de l’ancienne administration. Des travaux ont d’ailleurs été entamés sur un premier tronçon qui devait être inauguré en décembre, mais la fin des travaux a été reporté à l’été à cause de l’arrivée hâtive de l’hiver.
Depuis le lancement des travaux, l’arrondissement est passé du côté d’Ensemble Montréal lors des élections du 2 novembre. La nouvelle équipe laisse planer le flou sur l’avenir des trois autres tronçons qui devaient s’étirer jusqu’à l’autoroute 25 d’ici 2029.
«J’ai fait beaucoup de porte-à-porte dans les derniers mois avec la campagne électorale, et il y a un désir d’être consulté», a dit le conseiller municipal Alexandre Devaux-Guizani en novembre. «Il y a une phase prévue cette année sous le viaduc, où il n’y a pas de résidents, mais les autres phases sont prévues dans quelques années. On a le temps de consulter la population.»
Pascale Turgeon est optimiste avec la nouvelle posture de l’arrondissement.
«On s’en va dans un beau secteur où toute la m*rde est finie. […] On a des espaces de stationnement directement devant notre commerce. On a une porte de garage. Il y a une grosse ruelle. Et la rue est assez large pour que tout le monde reste en double», dit-elle.
Réticences parmi les commerçants
La plupart des autres commerçants rencontrés par Métro sur la rue Atateken avaient d’importantes réserves concernant la piste cyclable. Ils ne souhaitaient toutefois pas se prononcer ouvertement.
Patrick Robichaud, propriétaire de la boutique Prêt à vivre, avait une position plus nuancée.
«Moi, ça me touche moins parce que je vends du mobilier, des luminaires. Ce n’est pas un commerce où tu rentres et tu sors rapidement. Les gens peuvent prendre le temps de se stationner.»
M. Robichaud, lui-même cycliste, se dit au contraire enchanté de pouvoir se rendre au travail à vélo de façon sécuritaire. Il ajoute toutefois que la sécurité des piétons du côté est de la rue est réduite, puisque les véhicules circulent plus près du trottoir.
