Comme à chaque rentrée scolaire, les directions d’établissements scolaires anticipent déjà devoir faire l’appel qu’aucun parent ne souhaite recevoir au mois d’août: celui leur apprenant que leur enfant devra transférer d’école. Sur les 165 écoles primaires desservies par le Centre de services scolaires de Montréal (CSSDM), 48 d’entre elles débordent. Au niveau secondaire, c’est près d’une dizaine d’écoles qui étouffent.
Trouver des solutions pour combler ce nombre grandissant d’élèves: voilà le défi auquel font face les écoles de Montréal chaque année au mois d’août. Selon Francis Côté, Président de la Fédération québécoise des directions d’établissements d’enseignement (FQDE), le problème est encore plus grand depuis les cinq dernières années. «À chaque mois d’août, on doit improviser pour trouver des solutions», dit-il.
Quelques chiffres
Selon des prévisions obtenues auprès du CSSDM, près de 50 écoles primaires de Montréal sont à plus de 100% d’occupation pour la période 2026-2029. Parmi celles-ci, 11 d’entre elles sont occupées à plus de 130%.
Le calcul pour arriver à ces taux d’occupations demeure complexe. Par exemple, si une école déclare 28 groupes d’élèves, avec une capacité de 21 locaux, elle présentera un taux d’occupation à 133%. Ce n’est donc pas le nombre d’élèves qui est pris en compte, mais bien le nombre de groupes ainsi que la capacité du bâtiment. Avec ce taux de 133%, une école peut déclarer, par exemple, 28 groupes pour 487 élèves dans son établissement.
Les groupes réduits, tels que les groupes pour jeunes avec des demandes spéciales ou adaptées, impactent aussi ces chiffres. Par exemple, un groupe régulier d’élèves peut compter 26 individus, comparativement à 12 individus pour un groupe spécialisé.
Toutefois, ces chiffres ne sont rien comparés à d’autres. L’école primaire Saint-Étienne, située sur l’Avenue Christophe-Colomb, présente un taux d’occupation de 217%. Pour la période 2026-2027, le CSSDM prévoit 8 groupes pour 195 élèves dans cet établissement. «Une école à 217%, en tant qu’ancien directeur, je suis inquiet», s’exprime Francis Côté. «Je serais surtout inquiet de la marge de manœuvre à ma disposition pour offrir un bon service à mes élèves.»
Appels aux parents
Avec des taux d’occupation à plus de 100%, les directions d’écoles doivent jouer au casse-tête. Lorsqu’une école déborde, les directeurs se retrouvent à devoir transférer certains élèves vers d’autres établissements. «Je l’ai fait comme directeur, et croyez-moi que ce ne sont pas des appels qui sont bien reçus par les parents», s’exprime M. Côté. «On les comprend parfaitement. Si on te dit que ton enfant ira à l’école d’à côté pendant un an, personne n’est content d’apprendre ça. Mais on n’a pas le choix.»
À leur rentrée le 10 août, les directions d’écoles auront, normalement, deux semaines pour faire ces appels et assurer les transferts d’élèves. Un parent peut donc apprendre que son enfant devra changer d’école à seulement quelques jours de la rentrée. Par la suite, une fois l’année scolaire enclenchée, «ça ne bouge plus», indique M. Côté. Aucun nouveau transfert ne sera fait.
Selon des informations obtenues auprès de la FQDE et de la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ), plusieurs facteurs sont déterminants à ces transferts. La distance d’habitation, la fratrie de l’élève et la politique employée par le centre de services scolaires sont tous des éléments qui entrent en jeu.
Chaque année au mois de juillet, les comités de parents de la FCPQ sont d’ailleurs avisés de cette politique employée par leur centre de services scolaires. Chaque centre fonctionne différemment: on parle, ici, de 72 politiques uniques pour les 72 centres de services scolaires, selon la FCPQ.
Remplacer des locaux par des chariots
Lorsqu’une école comme celle de Saint-Étienne fait face à de tels taux d’occupation, peu d’options s’offrent à elle pour enseigner ses élèves adéquatement. Les établissements concernés n’ont pas d’autre option que «d’agrandir par en dedans», comme l’explique M. Côté.
Cela signifie sacrifier certains espaces, comme les centres d’apaisement ou encore les salles communes. Certaines spécialités, comme les arts, la musique, ou l’anglais, écopent. «On essaie de ne pas sacrifier les locaux attribués aux spécialités. Mais lorsqu’on a un local à aller chercher parce qu’on a une classe supplémentaire à créer, on se retrouve à devoir faire des choix. Il se peut donc qu’un enseignant d’anglais doive remplacer son local par un chariot à roulettes qu’il traîne de classe en classe pour donner ses cours», explique M. Côté. «On agrandit par en dedans depuis quelques années, mais je ne vous cacherai pas que là, on a atteint une certaine limite.»
Cet «agrandissement par en dedans» comprend aussi la solution modulaire, selon le président. Selon lui, Québec s’est efforcé à prévoir du budget dans le maintien de ses actifs, lors de la présentation de son budget au printemps. Mais ces solutions de maintien, telles que l’ajout de roulottes modulaires qui durent en moyenne une vingtaine d’années, ne suffisent pas. «On en voit apparaître de plus en plus, mais ces modulaires demeurent des testeurs, des solutions temporaires seulement», indique M. Côté.
Ce que l’ancien directeur souhaite, surtout, c’est autre chose que l’improvisation. «Il faut parler de l’éducation non pas comme une dépense, mais comme un investissement à long terme, ce qui n’a pas été fait depuis très longtemps. Ça prend des infrastructures qui répondent à cette explosion de clientèle. À un moment donné, l’improvisation, il va falloir arrêter ça.»
