
Malgré la décision rendue lundi par la Commission des relations du travail (CRT), les cols bleus de Montréal sont arrivés en grand nombre mardi matin à leur assemblée générale. Des dizaines d’autobus ont déposé les travailleurs un peu avant 8h devant le Palais des congrès pour qu’ils puissent se rendre dans une grande salle qui leur était réservée. Les médias n’étaient pas admis à leur assemblée générale où ils devaient notamment discuter du recours à la sous-traitance et de la diminution de la rémunération globale de Ville.
Le maire de Montréal, Denis Coderre, n’a pas hésité à dénoncer cette mobilisation faites pendant les heures de travail normales. «C’est une grève illégale. C’est tolérance zéro. Retournez travailler», a-t-il lancé en point de presse en fin d’après-midi. La convention collective des cols bleus de la Ville de Montréal est toujours en vigueur et expire le 31 décembre 2017, ce qui ne leur donne pas légalement le droit de grève.
«Vous avez une convention collective, vous devez la respecter. N’essayez pas de faire les gros bras, ça ne marche pas», a-t-il ajouté. Il a regretté l’attitude des cols bleus rappelant qu’il avait lui-même demandé au gouvernement provincial pendant la négociation du projet de loi 3 de protéger jusqu’en 2017 les droits acquis par les cols bleus qui venaient de renouveler leur convention collective.
Le maire dit qu’il étudiera les recours avec la Commission des relations de travail (CRT) et qu’il «enverra la facture» au syndicat pour une possible réclamation de dommages et intérêts.
Selon le Code du travail, un employeur peut ordonner le paiement de dommages et intérêts en cas de grève illégale. Pour un salarié, les amendes peuvent se situer entre 25$ et 100$ par jour, pour un dirigeant syndical entre 1000$ et 10 000$ par jour et pour une association de salariés entre 5000$ et 50 000$ par jour.
La décision de la CRT a été déposée lundi soit devant la Cour supérieure pour permettre à la Ville de Montréal d’entreprendre des procédures d’outrage au tribunal. Les syndiqués qui auraient participé à cette grève illégale s’exposent à des mesures administratives (coupure de salaire) et des suspensions disciplinaires, affirme l’administration de la Ville.
Cette mobilisation illégale a été faite au lendemain d’une décision de la CRT qui avait pourtant ordonné aux cols bleus de rentrer au travail normalement mardi matin. La CRT disait avoir plusieurs éléments qui lui permettait de croire que les cols bleus n’avaient pas l’intention de se présenter au travail mardi matin. «Il s’agit de toute évidence d’une grève illégale qui privera la population des services auxquels elle a droit», a écrit la CRT dans sa décision.
La Ville a demandé dimanche une audience d’urgence à la Commission des relations de travail pour faire valoir son point de vue, alors que le syndicat avait annoncé publiquement l’assemblée général de mardi matin. Le syndicat des cols bleus ne s’est pas présenté devant la commission.
Le porte-parole des cols bleus n’a pas rappelé Métro.
Critiques
Dans une lettre envoyée aux médias mardi matin, les cols bleus de Montréal font état de leurs doléances. Ils insistent pour dire que la loi 15, sur la réforme des régimes de retraite, «a éliminé le pouvoir de négociation des travailleurs». «Nous ne pouvons pas rester les bras croisés devant un tel affront», affirment-ils dans leur lettre. Parmi les 4000 membres qui se sont déplacé à une assemblée spéciale le 25 novembre dernier, 96% ont voté en faveur «d’exercer des moyens de pression au moment que nous jugeons opportun afin de lutter contre ces injustices».
«Au lieu de s’attaquer à la collusion et à la corruption qui se poursuivent dans des activités telles que le déneigement ou la collecte des déchets, on s’attaque aux femmes et aux hommes qui livrent les services publics», ajoute-t-ils. Ils disent regretter que le maire de Montréal veuille «tout sous-traiter».
«Nous voulons dès maintenant rouvrir notre convention collective pour protéger l’appareil public. Le maire Denis Coderre et son directeur général, Alain Marcoux, veulent démanteler les services publics municipaux», concluent-t-ils.
Le nouveau pacte fiscal 2016-2019 conclu entre le gouvernement provincial et les municipalités fait également rager les syndiqués. «Non seulement on passe le projet de loi [3] [qui a mené à la loi 15], mais en plus on compte en présenter un nouveau en 2016 [inclue au pacte fiscal] qui pourrait donner le droit à l’employeur de décréter les conditions de travail [ndlr: si les négociations ne permettent pas d’en arriver à une entente], a affirmé Marc Ranger, porte-parole de la Coalition syndicale pour la libre négociation, en entrevue à Radio-Canada ce matin. À partir du moment où on donne le droit à une partie de décréter les conditions de travail, il n’y aura pas de négociations.»
À ceci, le maire de Montréal a répondu: «Bienvenue en 2015, on rétabli le rapport de force».
«On sent que la pression recommence à monter dans le milieu municipal avec le pacte fiscal. C’est le bouchon qu’on pousse trop loin. On préfère négocier, mais si [le gouvernement] va jusque là, on n’a pas pas le choix, le milieu syndical doit se tenir debout», a ajouté M. Ranger.
La loi 15 est actuellement contestée devant les tribunaux par plusieurs syndicats municipaux.