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À quoi rêvent les filles?

Les filles d’aujourd’hui sont-elles différentes de celles que leurs mères ont été? Pas tellement. Regard sur les adolescentes de 2012, qui cherchent, encore et toujours, à être aimées.

«Salut Catherine. L’année scolaire dernière, j’ai fréquenté un garçon, mais notre relation s’est terminée brusquement et j’ai eu beaucoup de mal à m’en remettre. J’ai fini par l’oublier (ou presque) il n’y a pas très longtemps. Cependant, j’ai peur de le revoir à l’école en compagnie d’une autre fille et de retomber aussi bas qu’avant. Je ne veux plus avoir de peine et j’ai peur d’en avoir encore. S’il te plaît, aide-moi!»

Des messages comme celui-là, Catherine Girard-Audet en reçoit des tonnes au courrier du cœur qu’elle tient sur le site de Vrak.tv et dans le magazine Cool!. Quand elle était plus jeune, l’auteure de L’ABC des filles et de la série de romans pour ados Léa Olivier consultait le courrier de Mimi dans Filles d’aujourd’hui. «Aujourd’hui, c’est moi Mimi! s’étonne encore la jeune femme de 31 ans. Les filles ont-elles beaucoup changé depuis ma génération? Non. Elles ont encore les mêmes aspirations. Elles veulent simplement réussir», croit-elle.

Dans les lettres que Catherine Girard-Audet lit, les filles parlent de relations amoureuses, d’amitié, de rentrée scolaire ou de déménagement. «Ce qui transcende les époques chez les filles, c’est le besoin de se confier et le désir de se sentir écoutée, indique l’auteure. Elles ont besoin de voir qu’elles ne sont pas toutes seules à vivre ce qu’elles vivent.»

«Les filles recherchent beaucoup l’approbation de leurs pairs, confirme Juliève Allard, enseignante en 6e année depuis huit ans, qui trouve ses élèves un peu moins “enfants” que lorsqu’elle avait leur âge. Elles ont de grandes ambitions et s’impliquent beaucoup dans leur milieu lorsqu’elles s’y sentent appréciées», poursuit Mme Allard.

Au milieu d’une jeunesse souvent compétitive, les filles sont très solidaires à l’intérieur de leur groupe. «Elles peuvent compter davantage sur leur communauté, remarque Jasmin Roy, président de la fondation qui porte son nom et qui vise à lutter contre l’intimidation en milieu scolaire. Quand il y a un problème chez les filles, leurs amies vont les épauler. Les garçons ne feront pas ça.»

Plus que jamais, les filles d’aujourd’hui ont accès à une foule d’information. Mais de nature à se questionner et, surtout, à se comparer, elles ont entre les mains des outils qui peuvent être des armes à double tranchant. «Sans être généralisée, l’hypersexualisation est plus répandue qu’à mon époque, concède Juliève Allard, 31 ans. Facebook a ouvert la porte à ça. Certaines filles y mettent des photos où elles adoptent des poses provocantes, et on y propose des concours de beauté à la recherche de la fille la plus sexy», explique Mme Allard, en précisant que bon nombre des filles trouvent ridicule de s’afficher ainsi.

Dans son courrier, Catherine Girard-Allard ne remarque pas ce phénomène d’hypersexualisation. Elle remarque toutefois un fort désir de plaire. «La peur d’être rejetée et d’être humiliée, ça revient souvent, souligne-t-elle. Ce sentiment, on peut l’avoir toute sa vie, mais au secondaire, on ne veut tellement pas être le mouton noir que c’est pire. À cet âge-là, on veut ressembler aux autres. Être différent n’est pas cool…»

Cette anxiété de performance, Jasmin Roy la remarque sur le terrain. «Il faut être belle, attirer l’attention, faire partie de la gang», note-t-il. En pleine recherche d’identité, les adolescentes sont souvent tiraillées entre le désir d’être elles-mêmes et la pression d’entrer dans le moule. Les temps changent, les moules aussi, mais les filles seront toujours des filles.

Langage de filles?
Jasmin Roy se questionne sur les relations entre les filles de la nouvelle génération. «Aujourd’hui, les filles se traitent comme les hommes les traitaient il y a un siècle, à coups de bitch, de salope, de vache, s’inquiète-t-il. Il faut se poser des questions, sinon leurs droits vont reculer.»

Ce langage ordurier que le militant remarque est souvent repris par les gars, mais il est d’abord instauré par les filles, «qui ne connaissent pas la bataille qu’ont menée leurs prédécesseurs». «Elles ne savent pas d’où elles viennent. Elles prennent leurs droits pour acquis», croit M. Roy, qui ajoute qu’au ministère de l’Éducation, on a réalisé une tonne d’études sur la violence entre les garçons, mais aucune sur celle entre les filles.

Portrait-robot
Avec ce que les personnes que nous avons rencontrées nous ont dit, nous avons dressé un portrait des filles d’aujourd’hui.

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Branchées et loquaces
Métro s’est entretenu avec Emmanuelle Ghersi, chef de contenu multiplateforme au magazine pour adolescentes Cool!.

Comment décririez-vous les filles en 2012?
Ce sont des filles qui ont grandi dans un monde de consommation et qui sont hyperbranchées. Elles ont une voix et elles veulent être écoutées. Je crois qu’il s’agit d’une génération qui fera bouger les choses dans les années à venir.

Quels sont les thèmes qui reviennent le plus souvent quand vous planifiez les dossiers de Cool!?
Nous sommes un magazine de divertissement, donc les thèmes abordés tournent beaucoup autour des vedettes, de la musique, de la mode et de la beauté. Par contre, il est important d’aborder des sujets tels que la violence, le suicide, les troubles alimentaires, l’intimidation…

Que dites-vous à ceux qui affirment que les magazines pour filles encouragent la superficialité?
Il s’agit d’une généralisation dont nous ne faisons pas partie. Nos mannequins sont des lectrices et nous souhaitons montrer que la beauté a différents visages. Nous portons une attention aux choix des vêtements présentés : pas de talons démesurément hauts, ni de décolletés plongeants!

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