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La prise d’otage

JERUSALEM - AUGUST 18: An Israeli flag flies from the Kidmat Zion Jewish settlement community on the outskirts of the Arab village of Abu Dis, where the Old City with its golden Dome of the Rock Islamic shrine is seen in the background, August 18, 2008 in East Jerusalem, Israel. The settlement, a stand-alone apartment building which houses a number of families, is a former Arab home purchased by the Ateret Cohanim organization which is dedicated to expanding Jewish settlement in East Jerusalem, the half of the city that Israel captured from Jordan in the 1967 Six Day War. (Photo by David Silverman/Getty Images)

D’aussi loin que je puisse me souvenir, seuls des stigmates litigieux, du moins sur le plan médiatique, semblent entourer la situation d’Israël. Combien de Téléjournal se sont ouverts sur des images, similaires d’une fois à l’autre, d’une indicible violence? Les Bleu Poudre assuraient une parodie permanente de Yasser Arafat, signe indubitable d’une quelconque banalisation du conflit. Ce dernier, sauf rares soubresauts, fait ainsi partie de notre quotidien depuis pratiquement toujours.

L’ami Alexandre Trudeau, auteur d’un documentaire sur le sujet intitulé Maudite Terre Sainte, m’avait confié son impression de la situation en ces mots: «Man, c’est f****** hopeless. Just hopeless.» Venant de cet analyste téméraire mais sensé de la chose géopolitique, j’ai pris sa parole pour du fric. Sans issue, donc. OK d’abord.

Ces qualificatifs me sont justement venus à l’esprit lorsque j’ai choisi, sur un classique coup de tête, un des endroits de mes vacances estivales. Tant mieux. Tous, évidemment, n’étaient pas de mon avis. En me regardant comme si j’étais une langouste frite ou un autre crustacé moyennement comestible, plusieurs m’ont lancé: «Israël? Ah ouin…»

Le début de l’aventure semblait leur donner raison. En quittant Athènes à destination de Tel-Aviv, à quelques dizaines de mètres du transporteur (donc avant même la sécurité classique) un agent nous fait signe d’arrêter. Le sosie parfait du petit dodu dans The Hangover. PAREIL. J’essaie de retenir mon fou rire, surtout quand il nous pose ses premières questions en jouant au petit tough de cour d’école. Sauf quand je comprends qu’il l’est, justement, sérieux. Notamment dans sa volonté de nous revirer comme des crêpes en cas de doute sur notre potentiel de dangerosité. Interrogatoire en règle, où tout y passe. Pourquoi être ici? Quels juifs connaissez-vous à Montréal? (J’avais envie de répondre Cohen ou Chez Schwartz.) Puis-je voir les messages (privés) de vos amis vous ayant recommandé l’endroit? (Mes excuses à Ozzy, à Sascha et à Joey.) Vous travaillez à quoi, présentement? (failli répondre l’affaire Khadr.) Quarante-cinq minutes de paranoïa pure et simple. Moi qui déteste autant l’autorité que les aéroports…

Sauf que sur les lieux, tout change. À Jérusalem, dont le «Vieux» est divisé en quatre quartiers-juif-musulman-chrétien-arménien, où tous se côtoient. À Tel-Aviv, dont les magnifiques plages sont aussi partagées par juifs et musulmanes portant le burkini. Idem pour son superbe quartier Old Jaffa. À Massada. À la mer Morte.

Est-ce à nier les enjeux, fondamentaux, de la région? La colonisation? Le drame palestinien? À défendre le Hamas, le terrorisme, Sharon ou Netanyahou? À ignorer les blocus et les morts de civils? Évidemment pas.

Mais une visite détaillée permet de comprendre la dynamique ambiante sous un autre prisme: conscient ou non, le vivre-ensemble existe bel et bien. Des vibrations de bonheur émanent de partout. Un plaisir collectif suinte des remparts de ces villes fabuleuses.

En bref, et contrairement aux perceptions véhiculées par nos médias, les populations d’Israël sont, en quelque sorte, prises en otage. En otage d’une politique interne du qui-a-commencé. En otage de la géopolitique. Sans issue, donc? Possible. Mais tant qu’un humanisme persiste, l’espoir persiste aussi. Parce que ces populations n’ont visiblement qu’un souhait : vivre en paix. Puisse la politicaillerie leur céder enfin le passage…

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