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Montréal à la chasse aux sorcières

Si j’étais Jennifer Pawluck, je dormirais sur mes deux oreilles d’ici mon procès, le 17 avril. N’importe quel juge, sauf peut-être le genre de vieux juge sec qui te regarde sans dire un mot quand tu fais une blague pour détendre l’atmosphère, acquitterait la pauvre fille qui a mis la photo d’une représentation de Ian Lafrenière sur Instagram.

Une photo d’une représentation, comme dans «Ceci n’est pas une pipe», ce n’est pas de l’intimidation. Et Instagram, c’est pas tout le monde qui sait que c’est public, cette affaire-là. J’ai pris des photos de choses très compromettantes avec cette application parce que j’aimais ses filtres, avant de réaliser que tout le monde avait accès à ce contenu. Et puis pour être un bourreau, encore faut-il connaître sa victime. «Ian qui?» demandait la jeune fille quand on lui a indiqué qu’elle était accusée de harcèlement criminel.

Le gros bon sens aura raison de cette fâcheuse situation et, dans toute cette histoire, c’est le SPVM qui aura perdu la face. J’imagine le juge (pas le vieux sec, mais mettons un juge smatte) regarder les gars du SPVM et leur dire : «Les gars, franchement.»

Le pire, c’est qu’à la base, je les comprends, les policiers. Probablement traquaient-ils la personne qui a fait le graffiti et, à défaut de pouvoir l’agripper par le collet, se sont-ils rabattus sur la première illustration trouvée sur la Toile. Parce que la vérité, c’est que dessiner Ian Lafrenière avec une balle dans la tête, c’est pas banal, et celui qui a fait ça mériterait certainement une correction.

Dessiner ça, c’est rater la cible. D’abord parce qu’on ne répond pas à la violence par la violence. Deuxièmement parce qu’on ne tue pas du monde, c’est assez fondamental. Ensuite, Ian Lafrenière, c’est peut-être le policier que tu vois le plus souvent aux nouvelles, mais ça ne fait pas de lui le pire. Un porte-parole du SPVM, c’est sûr que ça défend souvent ses gars, mais la plupart du temps, c’est là pour protéger le public. Il fait sa job, et me semble qu’il la fait assez bien, même s’il représente les forces de l’ordre et que ça, t’aimes pas ça.

Mais bon, arrêter Jennifer Pawluck aussi, c’est rater la cible. C’est comme si, dans les derniers jours, Montréal avait été aux prises avec une sorte de téléphone arabe de ratage de cibles où personne, dans un camp comme dans l’autre, n’avait visé au bon endroit.

Ainsi, dans mon merveilleux imaginaire où la justice finit toujours par arranger tout et par réparer les dommages collatéraux, Jennifer Pawluck sera acquittée, le malheureux graffiteur se fera chauffer les oreilles, Anarchopanda retrouvera sa tête et Ian Lafrenière cessera d’exagérer la portée des gestes irréfléchis d’adolescents inconscients et pourra, lui aussi, dormir sur ses deux oreilles.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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