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La période de questions à l'Assemblée nationale: dialogue ou crêpage de chignon?

Métro, en collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde, poursuit sa rubrique «Le Québec en questions». Chaque lundi, on vous invite à participer à une discussion autour d’un thème précis. Dans le journal, trois personnalités et des jeunes ont entamé le débat. Sur le web, il se prolonge avec leurs réponses complètes et vos réactions.

La période de questions à l’Assemblée nationale: dialogue ou crêpage de chignon?

Quelques semaines après les étudiants, ce sera jour de rentrée demain pour les parlementaires québécois. Avec la rentrée parlementaire revient la fameuse période de questions, véritable joute oratoire où toutes les occasions sont bonnes pour déstabiliser le parti adverse, et ce, sous l’Å“il attentif des chroniqueurs politiques et autres téléspectateurs.

Le but du jeu est, pendant 45 minutes, de pointer, pour l’opposition, les points faibles du gouvernement, tandis que ce dernier doit démontrer sans relâche le bien-fondé de ses décisions et la bonne connaissance de tous les dossiers.

Règles à suivre
L’article 35 du règlement de l’Assemblée nationale interdit aux parlementai­res de «se servir d’un langage violent, injurieux ou blessant à l’adresse de qui que ce soit». Ainsi, girouette, bouffon, cheap, culot, deux de pique, fausseté, folies, indécence et mains sales sont quelques-uns des termes ou expressions mis à l’index par l’Assemblée nationale.

Malgré ces interdits, les parlementaires redoublent d’efforts pour déboulonner leurs adversaires. Dans cette atmosphère de lutte d’idées perpétuelle, l’intervention de «Monsieur le président» est rarement superflue. Ce dernier, en bon arbitre, doit s’assurer que les règles sont respectées et que chaque député ne dépasse pas les limites langagières permises.

Dans cette arène où on se relance la balle sans cesse, la période de questions peut-elle être l’occasion de discuter des enjeux réels?

Trois personnalités se prononcent


Amir Khadir
Député de Mercier et co-porte-parole de Québec solidaire

«Trop souvent, la période de questions laisse sur leur appétit les gens intéressés par la politique. Comme société nous sommes confrontés à des problèmes très importants mais trop d’élus-es adoptent une attitude partisane et refusent les débats de fond en leur préférant la politique spectacle. On ne peut sans doute pas y échapper complètement, mais comme cette attitude est devenue la règle, elle alimente le cynisme de la population face aux institutions. Heureusement, il y a des exceptions. Certains conservent toujours une attitude digne et interviennent avec sincérité sur le fond des choses : Marc Picard de l’ADQ, Lisette Lapointe du PQ et Monique Gagnon-Tremblay du PLQ en sont des exemples.

La période de questions est une foire d’empoigne, sans doute parce que les vieux partis, qui monopolisent le pouvoir, partagent la même vision et ne se distinguent que sur la question nationale. L’opposition officielle n’a pas de désaccord sur le fond. Elle doit donc se contenter de prendre le gouvernement à défaut sur les cas flagrants de mauvaise gestion ou de copinage.

Il est peut-être temps que le Québec dépasse le mode de scrutin actuel qui lui impose l’alternance des deux vieux partis au pouvoir. Le mode de scrutin date d’une autre époque. Il est grand temps d’introduire une représentation proportionnelle. Voilà une piste de solution.

En avez-vous déjà entendu parler à la période des questions ?»


Gilbert Lavoie
Journaliste politique au quotidien Le Soleil

«Pour le citoyen moyen qui écoute régulièrement les nouvelles à la télé, la période de questions à l’Assemblée nationale ou au Parlement n’est pas très éloquente. Les séquences de quelques secondes offertes au grand public portent généralement sur les échanges les plus colorés ou les plus durs des affrontements partisans. La réalité est plus complexe:  la période de questions est un mélange d’échanges verbaux entre les politiciens qui va parfois de l’attaque partisane gratuite, jusqu’à des discussions éminemment sérieuses.

Ne soyons pas naïfs :  le but de l’opposition est de questionner et de critiquer les politiques gouvernementales. Celui du gouvernement est de les défendre et d’en faire la promotion. Les lignes partisanes mènent souvent à des affrontements stériles et de bas étages. Mais la beauté du système parlementaire est qu’il force le parti au pouvoir à s’expliquer sur une base régulière devant l’opposition officielle. D’ailleurs, on pourrait citer à la centaine, les occasions où les critiques de l’opposition ont forcé le gouvernement à modifier ou à retirer des législations. Pour bien saisir l’importance de la période de questions, il faut donc accepter au départ qu’il s’agit d’un forum d’affrontements partisans qui ressemble à du crêpage de chignon, mais dont le rituel est essentiel à un régime démocratique, où les élus sont tenus de rendre des comptes en public.»


Jean-Pierre Charbonneau
Membre du Club des Ex, sur RDI, et  président de l’Assemblée nationale de 1996 à 2002

«J’ai déjà écrit qu’on devrait abolir la période de questions comme elle est actuellement parce que c’est une période de questions sans réponses! Les questions ne sont pas toujours posées pour obtenir des réponses, mais plutôt pour faire mal paraître le gouvernement. De l’autre côté, on évite souvent les questions ou on essaie de faire de la petite partisanerie, faire des rappels sur les mauvais coups de l’autres. Finalement, ça ne sert pas à grand chose.

On pourrait décider qu’on utilise les commissions parlementaires pour amener les ministres à répondre de leur administration. On pourrait très bien décider qu’une fois par semaine un certain nombre de ministres comparaissent et réponde de leur administration. Même chose pour le premier ministre qui pourrait répondre régulièrement. Aucun des partis en ce moment ne veut faire les choses autrement.

Il faut revenir à l’esprit d’origine. L’objectif est de permettre aux députés de l’opposition de questionner le gouvernement et de l’obliger à répondre de son administration. Mais le contexte fait en sorte que le gouvernement peut échapper aux questions. Parce que la dynamique de la périodes des questions est très courte. C’est une période assez théâtrale, assez spectaculaire. Parmi ceux qui veulent garder la période de questions intacte, il y a les chroniqueurs parlementaires. Ça leur donne du matériel.

Ça peut être très spectaculaire, mais ce n’est pas vraiment d’intérêt public. En quarante-cinq minutes, on n’a pas le temps d’aller au bout des choses. Ça donne à ceux qui sont de meilleurs communicateurs de se faire valoir. Mais ce ne sont pas nécessairement ceux qui apportent les réponses les plus complètes et les plus honnêtes.»

L’avis des jeunes

«Ni l’un, ni l’autre! Plutôt utiliser l’expression joute politique.

Et si chacun jouait le rôle auquel on s’attend de lui durant cette période? Soit un gouvernement qui gère, une opposition qui s’oppose et des médias qui s’intéressent aux moments corsés. Un jeu de rôle nécessaire qui permet, par de simples questions politiques mais néanmoins importantes, d’être diffusé. Et si c’était le seul moyen d’attirer l’attention des contribuables sur les enjeux qui les concernent?

En fait, les véritables dialogues se font lors de l’étude des projets de loi en commissions parlementaires, négligées des médias et la population. Posons-nous la question : et si c’était nous, par notre manque d’intérêt envers la chose politique, qui oublions l’utilité première de cette période de questions?»

«Aujourd’hui, la démocratie est très critiquée dans la mesure où les grandes entreprises et les grandes fortunes de ce monde possèdent plus de pouvoir que les gouvernements. Nous pourrions nous dire qu’il est totalement inutile d’essayer d’avoir une influence sur les personnes que nous élisons à la tête de nos nations. Bref, est-ce que ça vaut la peine de réclamer haut et fort ce que nous désirons, par exemple lors la période de questions à l’Assemblée nationale.

Personnellement, j’ai participé à la commission parlementaire pour le dépôt du projet de loi 44. J’aurais très bien pu me dire que tout cela n’en valait pas la peine, qu’il était préférable de me taire. Mais, pourquoi, quand on a une petite possibilité de changer les choses, devrait-on la laisser tomber? Je lance la question. Reste que, celui qui se plaint seul dans son coin et qui espère que les choses s’amélioreront d’elles-mêmes risque de passer sa vie à attendre»

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