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La stratégie de l'autruche

Le mouvement Occupons a séduit l’opinion publique par la puissance de son indignation et du mécontentement généralisé à l’échelle planétaire quant aux inégalités de la richesse.

 Voilà qu’après deux mois, de nombreuses villes veulent se débarrasser de cette masse populaire qui, aux dires de plusieurs, s’apparente à un vague fourre-tout. À Montréal, la nuit de lundi en fut un bel exemple : les indignés du square Victoria en seraient venus aux coups avec les itinérants, les toxicomanes et les personnes souffrant de problèmes de santé mentale qui squattent  le secteur.

Loin de ce quotidien de proximité entre indignés et «indésirables», il faut toutefois voir que ces derniers sont, qu’on le veuille ou non, ce qui est à la base du mouvement, c’est-à-dire qu’ils font parties du 99 %. Et ils sont toujours plus nombreux année après année, souvent touchés par les coupes dans les services et les programmes sociaux. Par exemple, des individus, manifestement troublés menta­lement, se ramassent dans la rue alors qu’ils auraient, tout aussi manifestement, besoin de soins. Nul besoin d’être psychiatre pour s’en rendre compte, ni travailleur de rue pour constater que la consommation de drogues va bon train.

En ce sens, la confusion dans le message des indignés, critiqué par plusieurs, est à l’image même de la popula­tion d’indignés, composée d’une variété d’individus de classes sociales différentes. Que des sans-abris se greffent au mouvement sans y être invités n’est pas une preuve que c’est d’un manque de sérieux. Au contraire. Cela démontre plutôt que l’indignation a sa raison d’être. Et les altercations de la fin de semaine passée reflètent que l’extrême pauvreté, laissée à l’abandon et qu’on essaie de cacher, finit par surgir, comme c’est le cas ailleurs sur le globe. Peut-être est-ce une des raisons qui pous­sent des millionnaires, comme Warren Buffett, à s’adresser au Congrès américain pour payer davantage de taxes ou d’autres, comme George Soros, à sympathiser avec les indignés et espérer que leur appel sera entendu?

Toutefois, l’évidence est que les deux mois d’occupa­tion n’ont toutefois rien changé. Ni Wall Street, ni le système bancaire, ni les profits des multinationales, ni le déséquilibre fiscal, ni les politiques gouvernementales, ni rien. Excepté que les villes sont tannées et que les indignés se font chasser. Mais peut-on se débarrasser de l’indignation d’un seul coup de balai en jouant à l’autruche, comme si elle n’avait jamais existée et qu’elle n’avait aucun fondement? À tout le moins, cette stratégie ne semble pas d’une efficacité redoutable pour freiner l’itinérance, la pauvreté, la toxicomanie…

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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